Et qui hante

Auteure
Brigitte Mouchel
Poésie
132 pages, 12 x 15 cm
Parution : mai 2018

Publié avec le soutien du Centre national du livre et de la région Bretagne

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 16,00

ISBN : 978-2-917751-91-6 Catégorie :

Présentation

Et qui hante est une suite de textes âpres et tendus, parfois déran­geants, dont le fil rouge serait, selon la belle formule de l’auteure, « une atten­tion éper­due aux enfants ». De fait, égale­ment, une atten­tion éper­due aux femmes.
Des enfants partout, dans la vie, et leurs enfances malme­nées, des mômes « sans nom » (sauf un)… Des enfants partout, dans la mort, des enfants tués à peine nés, des enfants non nés. Des enfants au pluriel, mais qui portent, chacun, son histoire singu­lière : « l’enfant seule au milieu de la clai­rière » qui « boit l’automne à pleines goulées » ; l’enfant qui aime « prendre le jour­nal et tracer, entou­rer chaque mot, chaque » ; « l’enfant dépeu­plé de sa mère » ; « l’enfant imaginé, l’enfant qu’on trans­porte, petit garçon doux, fin, aux yeux verts – aspiré » ; et puis cette « petite fille que j’ai à l’intérieur de moi, avec ses grosses godasses, avec ses jambes nues, noiraude »… ; un enfant précieux, trim­ballé dans la cohorte des réfu­giés, « serré contre soi, ballot » ; une enfant au « t‐​shirt bleu avec des paillettes cousues – elle a voulu empor­ter son t‐​shirt de prin­cesse – il est trop court ». « Cette enfant, tu la connais », nous la connais­sons tous, nous la voyons tous les jours, prise, elle aussi, dans « le désordre du monde ». Une enfant, une sœur, abîmée, à qui il est arrivé « quelque chose, on ne sait pas, elle avait le même regard que sa sœur était belle, ensuite, c’est arrivé »… « et nul oiseau sans penser à une sœur bles­sée ».
Des enfants venus ou malve­nus du ventre des femmes. Des femmes deve­nues mères – « mère parce que, peu importe » –, qui parfois ne savent pas « quoi en faire », femmes sans visage et sans nom, apeu­rées, en butte à la violence des hommes. Des femmes qui ont pour­tant été, un jour, ces « filles en ivresse à fumer, boire des bières et des histoires de mecs », qui « chantent, se cognent, s’étreignent ».
Et tout au long des pages, des traces d’errance, qui persistent et qui hantent. De même que certains mots, phrases, reviennent de texte en texte. Une errance inté­rieure qui se super­pose à une errance dans des paysages indé­fi­nis, où l’on croise parfois quelqu’un, un cheval, quelques oiseaux, et surtout les rumeurs d’une actua­lité (d’un monde) tragique… Une atten­tion aiguë à ce monde.

Notes de lecture

« Brigitte Mouchel, par ailleurs plas­ti­cienne et auteurs de livres d’artiste auto‐​édités qui mêlent les deux moyens d’approche que sont la poésie et les arts visuels, donne à lire avec et qui hante des pages fortes, au rythme serré, parfois hale­tant, comme d’avoir long­temps couru, tant les mots qui nous racontent à nous‐​mêmes semblent se préci­pi­ter pour venir au jour de la page, tenter de nous atteindre, nous, chaque lecteur. Dans la séquence de phrase “et qui hante”, j’entends tout aussi bien “inquié­tante” qu’un “et qui chante” tron­qué. La prépo­si­tion “et”, en premier mot, sans majus­cule pour ne pas rompre le courant, semble ratta­cher à un passé tout aussi agité ce grand remue­ment de gestes, de pensées, de visions… la vie qui conti­nue… à toute allure. Les mots la frei­ne­raient peut‐​être ? “et qui hante” est aussi le titre d’un des textes, suivi par un autre texte “et qui déjà s’éloigne”, tout aussi rapide, comme si dans une course sans relâche, les mots s’imposaient, bous­cu­lés et bous­cu­lant un présent immé­diat, presque fréné­tique, pris entre un passé qui resur­git et un avenir déjà là, pour celui qui ne fera jamais que passer […].
et qui hante est un livre qui habite le lecteur, on en imagine la voix. Son inten­sité nous enve­loppe et nous emporte, pour nous rete­nir para­doxa­le­ment au bord du vide. Un long poème se bous­cule, très oral, une traver­sée de mondes dans une langue à la fois heur­tée et fluide, violem­ment vivante, une traver­sée que la poète est sommée de faire, et le lecteur avec elle s’il la suit et entend son appel. Il est impos­sible en fait, je crois, de se déro­ber, c’est toute la force de ce livre. »
Fran­çoise Delorme, Terre à ciel, novembre 2018