En‐​dehors

Auteure
Angela Lugrin
160 pages, 14 x 20 cm
Parution : juin 2015

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 18,00

ISBN : 978-2-917751-57-2 Catégorie :

Présentation

« Ici, il y a des fous, des illet­trés, des pauvres, des hors‐​la‐​loi, des princes, comme dans les westerns. Et puis il y a moi. »
En‐​dehors retrace une année « scolaire » à la prison de la Santé, à Paris, où Angela Lugrin vient ensei­gner la litté­ra­ture dans le cadre du Daeu, diplôme d’accès à l’université. Arpen­tant « ces terres‐​là », elle y inter­roge un à un tous les a priori et découvre un « paysage inté­rieur » insoup­çonné.
Scène après scène, on observe avec elle, au fil des pages du Cid et des Liai­sons dange­reuses, cette « constel­la­tion étrange, ponc­tuée ici et là de tenta­tives d’analyses de texte, de passés compo­sés qui perdurent dans la situa­tion d’énonciation, […] d’images qui prennent posses­sion des espaces vides », et sa confron­ta­tion avec la « nuit carcé­rale », la « cuisine des taulards » ou le juge d’application des peines.
On rencontre dans la salle de classe aux fenêtres grilla­gées des « frères humains » : Emma­nuel, le Juste, Monsieur P., le séduc­teur, ou Oscar, mélan­co­lique et comme « désar­ti­culé ». Leur « beauté folle », leur fragi­lité, leur fierté ; la gaieté et le déses­poir entre­mê­lés…
Parce qu’il n’y a pas de « règle­ment inté­rieur de la litté­ra­ture », la parole peut deve­nir un « pluriel en acte », un lieu d’accueil impro­bable et bien­veillant. Analy­ser un texte, en prison, « c’est, un temps, se débar­ras­ser du corps, du présent, et de tout le fourbi et néan­moins arpen­ter la garrigue, comme un fou ». Et peut‐​être « réunir les morceaux de soi‐​même », rejoindre le « je veux vivre à l’infini » du fou pris dans la cami­sole.

Notes de lecture

À écou­ter :
• Sur France culture, « Les bonnes feuilles », 14 décembre 2015 : Angela Lugrin lit les premières pages de En‐​dehors.
• Et, dans « Le temps des libraires », Rémi Gran­di­dier de la librai­rie La Fabrique, à Bar‐​le‐​Duc, le 23 septembre 2015, présente En‐​dehors comme un de ses coups de cœur.

Un autre coup de cœur libraire pour En‐​dehors :
• La librai­rie Inter­lignes à Limours (91).

« Angela Lugrin dans En‐​dehors relate, de façon très précise et très prenante, son expé­rience de profes­seur de fran­çais à la prison de la Santé. C’est un beau livre qui permet de mieux appré­hen­der cet univers complexe et de suivre plusieurs jeunes hommes, aux profils très diffé­rents et la façon dont ils reçoivent ce cours, dans le cadre de leur prépa­ra­tion au bac (que plusieurs vont décro­cher, certains avec mention). Contrastes éton­nants entre la person­na­lité de ces garçons, l’ambiance du cours et le programme, Le Cid et Les Liai­sons dange­reuses. L’écriture d’Angela Lugrin est forte, jamais complai­sante, très vivante. »
Florence Trocmé, Poezi­bao, Le flotoir, 24 juillet 2015

« … c’est beau. C’est bon à savou­rer toute cette huma­nité, cette puis­sance à décou­vrir en chaque homme cette fragi­lité qui les (nous) fait vivre davan­tage. C’est bon comme un jour qui vient se cogner aux vitres d’une fenêtre grilla­gée et qui offre ses premières lumières, celles qui sont sources de chaleurs, de peurs, d’une confiance en soi, en l’autre. C’est bon comme quelqu’un qui accepte de dépo­ser au creux d’un texte, d’un mot toute sa douleur, qui compose avec les vers comme on compose avec la vie et qui en tire une force, une huma­nité, une beauté. C’est un hymne à la liberté par la lecture, l’écriture, la puis­sance à déchif­frer des vers, des textes qui sont issus d’une litté­ra­ture clas­sique.
Il n’y a aucune compas­sion, nul instinct à rendre ces hommes plus beaux que la laideur de ce qu’ils ont commis. Mais la force de chacun à construire un ensemble est présente. Et c’est une vraie bouf­fée d’oxygène à l’insoumission des carcans qu’ils soient litté­raires ou carcé­raux. Une vraie bouf­fée de vie… »
Le blog du petit carré jaune, 11 août 2015

« C’est un récit posé et capti­vant que propose Angela Lugrin. »
Jacques Josse, Remue​.net, 31 août 2015

« Ni fauteuil ni divan, et pour­tant les traces de son enfance et de son milieu fami­lial ; l’auteure, en une succes­sion de chapitres courts et cise­lés, sortes de flashes, d’“insights”, qui ne racontent pas de manière suivie ce qu’il faut bien appe­ler son voyage chez les “taulards”, donne à entendre, en une chaîne d’associations, ce condi­tion­nel passé – “j’aurais pu”, “j’aurais dû” – qui la met à l’épreuve. Le condi­tion­nel passé, moda­lité du temps carcé­ral, univers de trajec­toires inabou­ties.
[…] L’une des dimen­sions les plus fasci­nantes de ce petit livre tient dans l’alternance, la juxta­po­si­tion d’éléments dispa­rates : échanges très sérieux à propos du Cid ou des Liai­sons dange­reuses ; recherche et décou­verte, à chaque fois renou­ve­lées, de la posi­tion juste pouvant amener les élèves à penser le plus “libre­ment” possible ; risque omni­pré­sent de déra­page, de la gaudriole vers la violence ou, pire, le rejet ou le décou­ra­ge­ment. Mosaïque de bons mots, de répar­ties, de trou­vailles, chez ces exclus pour qui ce dialogue, diffé­rent pour chacun, peut être l’occasion de faire resur­gir ce que bâillonne la prison : rien de moins que le sujet et l’expression de ses affects.
Il faut se dépla­cer, aller vers cet écrit, pour rencon­trer Oscar, Marcel­lin, Emma­nuel, Monsieur P. et les autres, élèves assi­dus ou dissi­pés, éton­nés de se voir deman­der leur nom quand ils s’attendent à devoir donner leur numéro d’écrou, mais capables d’observations, de répliques porteuses d’un incom­pa­rable respect pour “Madame”, la “prof”, capables d’une luci­dité à même de faire taire toute marque de compas­sion ou de sensi­ble­rie : la sentant insa­tis­faite d’elle-même parce qu’encline à se lais­ser aller à rire avec eux là où elle devrait impo­ser le sérieux, Oscar brise ce qu’il ressent comme un trop‐​plein d’exigence : “Mais Madame, vous devez vous mettre dans la tête, une bonne fois pour toutes, que vous ne pouvez rien pour nous. Vous allez voir, ça sera plus léger.”
[…] La lecture ache­vée, une parole vient, toute simple mais empreinte de respect : merci Madame ! »
Michel Plon, « Le condi­tion­nel passé », La Nouvelle Quin­zaine litté­raire, n° 1135, 15 – 30 septembre 2015

« … resti­tu­tion d’une expé­rience péda­go­gique qui se meut en aven­ture humaine. […] Le Cid de Corneille, Les Liai­sons dange­reuses de Laclos – les œuvres impo­sées du programme – seront autant des viatiques qu’un moyen détourné pour parler de soi et faire place à l’autre. “Deve­nir lecteur c’est, un temps, se débar­ras­ser du corps, du présent et de tout le fourbi, et néan­moins arpen­ter la garrigue, comme un fou.” Néan­moins […] comment prôner l’émancipation par la litté­ra­ture dans le même temps où l’institution scolaire en impose les règles ? La prison comme l’hôpital (son père était psychiatre) comme l’école n’ont-ils pas voca­tion à faire de l’homme “un animal prévi­sible” (Foucault) ? […]
En perma­nence, la centaine de petits blocs de prose est travaillée par un mouve­ment pendu­laire entre dedans et dehors. L’intérieur de la prison aujourd’hui, sa sauva­ge­rie, sa déli­ques­cence, le magné­tisme de ses “taulards” dont “la beauté est comme celle des fous, elle vous prend à la gorge, vous saute à la gueule”, et l’extérieur de la prison, les doutes, les fatigues, les rémi­nis­cences de la narra­trice, sa diffi­culté à “se réha­bi­tuer au soleil” y dessinent les contours et la substance d’une traver­sée humble et lumi­neuse. »
Chris­tine Plan­tec, Le Matri­cule des anges, octobre 2015

« Dans En‐​dehors, le lieu “prison” est ambigu ; pour ceux qui y sont enfer­més, ce n’est pas un lieu “où la langue inter­roge sans fin l’aurore et les ruines” – la litté­ra­ture – mais où seule la ques­tion de la libé­ra­tion a un sens. Angela Lugrin, elle, revient régu­liè­re­ment à cette idée qu’elle aban­donne à la porte de la prison “la préci­pi­ta­tion de la vie”, et qu’elle entre chaque fois “dans un espace à l’abri, une terre de l’enfance, un lac noir de chagrins d’adultes”. On comprend alors qu’elle écrive, quand elle en sort : “la porte qui s’ouvre sur la rue de la Santé, sur Paris […], on ne peut pas dire que ce soit un retour à la réalité. Ce serait plutôt le retour à nos enfer­me­ments respec­tifs.” L’enfance qu’elle évoque, c’est d’abord la sienne, quand elle rencon­trait les malades que soignait son père dans un hôpi­tal psychia­trique, quand elle se souvient aussi d’un “vieux rêve, un rêve de l’enfance, un rêve de prison”, quand elle s’imagine à l’écart de toute insti­tu­tion, un peu “brigand”. […]
Si l’on ne rete­nait que ces passages du livre, on parle­rait de fasci­na­tion pour le monde carcé­ral. Les choses ne sont pas si simples. Angela Lugrin n’ignore pas du tout la violence qui règne dans la prison, pas plus que celle qui y a conduit ses étudiants ; elle observe aussi que l’enfermement marque les corps jusque dans la démarche et elle a en tête cette remarque d’un détenu, “Vous ne pouvez rien pour nous”. Plus encore, elle a vite compris qu’il lui fallait être “en‐​dehors”, refu­ser toute ambi­guïté dans sa rela­tion avec les uns et les autres, pas au nom d’on ne sait quel prin­cipe mais pour conser­ver le regard parti­cu­lier qu’elle porte sur les déte­nus, et il faut bien entendre ce qu’elle défi­nit comme “distance” ; “La distance comme une pudeur, une prudence face au réel de la douleur. Si la distance est trahie, la beauté dispa­raît, l’impensable peut surgir.” »
Tris­tan Hordé, Libr‐​critique, 12 novembre 2015

« Entre rela­tion d’une expé­rience intime et sociale, la prison tantôt comme “paysage inté­rieur” ou “être lieu indé­fini et réel”, Angela Lugrin, dans une forme carnet de bord, témoigne de son année scolaire d’enseignement litté­raire à la prison de la Santé à Paris et aborde le sujet avec beau­coup de liberté : “Ils disent ‘les insom­nies du dedans’ : j’ose ‘les insom­nies du dehors’.” L’auteur y parle autant de la beauté des prison­niers qui “saute à la gueule”, de leur humour, “une drôle de lumière”, que du déses­poir. Elle ose le “je”, l’expression de ses propres senti­ments d’enfermement et nous livre en cela un témoi­gnage où l’empathie règne au centre de l’écriture.
En‐​dedans est une lutte mais en‐​dehors aussi, là où il faut se battre égale­ment pour faire comprendre à son frère (et à tous les lecteurs poten­tiels) le sens de son enga­ge­ment, quand derrière les murs, en étudiant ensemble, “une musique infime et essen­tielle” se joue malgré tout. »
Sacha Steu­rer, CCP – Cahier critique de poésie # 31 – 2, 2 décembre 2015