Les ardoises de Franck André Jamme

Auteur
Nicolas Pesquès
Essai
88 pages, 15 x 23 cm
Avec une quarantaine de planches couleur
Parution : novembre 2022

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 25,00

ISBN  978-2-490385-36-2 Catégorie 

Présentation

Franck André Jamme (1947−2020) était un poète rare (on ne compte qu’une quin­zaine de livres, plus des reprises ou des traduc­tions en améri­cain, aux éditions Unes, Virgile ou aux éditions isabelle sauvage prin­ci­pa­le­ment), resté assez confi­den­tiel alors qu’il avait reçu en 2005 le Grand prix de poésie de la Société des gens de lettres pour l’ensemble de son œuvre. Celle-​ci est marquée par l’art de l’épure, la profon­deur et la simpli­cité afin de « rassem­bler presque tout dans presque rien », comme il le disait de la pein­ture tantrique qu’il admi­rait tant et dont il était spécialiste.
Le dernier été qu’il lui restait à vivre, il avait réalisé 28 ardoises, 21 en fran­çais et 7 en anglais, ensemble « testa­men­taire » qui avait été mis en ligne dès septembre 2020 par la gale­rie Hervé Perdriolle. Elles font partie des « petites formes » qu’il pouvait fabri­quer, véri­tables œuvres d’art à poser ou accro­cher. Ce travail a dû commen­cer vers la fin des années 1990, et avant de choi­sir les ardoises d’écolier comme support, il avait utilisé des feuilles de papier doré puis des miroirs. Dès 1998, il publiait déjà des poèmes de même compo­si­tion dans des recueils, un par page, dont beau­coup sont d’ailleurs repris sur les ardoises. Une quaran­taine de ces ardoises sont repro­duites en couleur dans cet ouvrage, celles du cata­logue d’Hervé Perdriolle, et une dizaine d’autres que Franck André Jamme avait offertes à ses proches ou ses amis.
Toutes ont en commun de propo­ser des poèmes courts, une seule phrase comme une maxime, un souhait, une recom­man­da­tion, écrits sans espace entre les mots sur quelques lignes du même nombre de lettres corres­pon­dant au premier mot, un infi­ni­tif toujours : noter, penser, songer, imagi­ner, comprendre… Les sauts de ligne en dépendent arbi­trai­re­ment, et dessinent carrés ou rectangles (souvent « ponc­tués » d’une ou quelques lettres en débord). La lecture en est d’abord tota­le­ment pertur­bée, obscur­cie pour mieux permettre ensuite de déchif­frer ces pensées avec l’attention néces­saire qu’elles requièrent. C’était, pour lui, « se distraire pour une fois avec des lettres et des mots » — mais « un jeu où les pensées ne sont ni drôles ni ludiques ».
C’est ce travail sur la lettre que Nico­las Pesquès inter­roge, en un essai lumi­neux, hommage sensible à l’auteur de ces « brèves séquences textuelles » écrites au Tipp-​Ex, sa poésie « ramas­sée, serrée », la « revi­vi­fi­ca­tion » qu’il a opérée de la langue « ayant quitté son immo­bi­lité en se dres­sant autre­ment ». À ces « petites choses farouches qui brillent obsti­né­ment », ou capables de faire que l’œil puisse aussi connaître « des sortes de fris­sons », comme Franck André Jamme disait de certaines pein­tures tantriques.