Barque pierre

Auteure
Frédérique de Carvalho
106 pages, 15 x 19 cm
Parution : juin 2020

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 18,00

ISBN  978-2-490385-12-6 Catégorie 

Présentation

« cette fois la barque était / de pierre / un granit échoué entre lande / et forêt »

Barque pierre est né de la résidence, à l’automne 2019, de Frédérique de Carvalho à l’ancienne poste de Plounéour-Ménez, au cœur des monts d’Arrée, « pays d’attache » où « la lande aura dressé / la table » d’écrire, la « bogue hérissée de l’instant » à portée du carnet.

La narra­trice, « elle », se retour­nant tel Orphée sur une Eury­dice pour­tant « déjà morte », se retrouve confrontée, comme convoquée, à un corps à corps avec une mémoire — l’enfance, la mère, le « désir ensablé ». Une voix s’impose et occupe l’« obscur » de la langue, « elle dit » comme malgré elle, elle se demande « de quelle mémoire reve­nir et si c’est possible ». Par le biais d’accroches comme autant de didas­ca­lies sont notés l’entremêlement des espaces et des temps (de gram­maire, de durée ou de saison), sont posés les remarques, injonc­tions ou apartés qui façonnent un geste de parole — où l’écriture, « lieu sous­trait », est espace et désir.

« elle dit que son travail de vivre est de bouger les immo­biles / elle dit de déplacer la pierre / elle ne sait pas comment »

Notes de lecture

« Elle dit. Le lieu l’espace le temps elle. La mère l’enfance. Écrire. La “plaie” la barque la pierre. Elle, c’est la poète. Frédé­rique de Carvalho. Je la découvre ici dans ce recueil publié aux éditions isabelle sauvage. barque pierre. Je n’avais jamais rien lu de Frédé­rique de Carvalho. […] Et me voici lectrice sous fasci­na­tion sous émotion sous une forme incon­nue qui touche au plus profond, je-​ne-​sais-​où, et qui boule­verse. Et qui porte/​déporte. Loin ailleurs. Et qui déborde. Là-​bas. Dans la lande la langue les fougères. Barque pierre. La barque, enser­rée ou jointe entre “bercail” et “berceau”. Un lieu où vivre, protec­teur, origi­nel. Entre pierre et bruyère. barque pierre. Un très beau titre, énig­ma­tique ellip­tique qui condense en deux mots des univers en appa­rence anta­go­niques. […]
Des mots reviennent, qui donnent à la strophe sa musi­ca­lité : “pierre” “talus” “il pleut”. Des mots simples, des mots de tous les instants. Écrire est ce bégaie­ment de la langue. Un mot par vers dans la briè­veté de strophes dépour­vues de toute ponc­tua­tion. Et pour­tant un rythme affleure, de page en page, un rythme tout en régu­la­rité, à la musi­ca­lité secrète, sous-​jacente. Quelque chose de doux. Quelque chose de mélan­co­lique. Quelque chose de voilé qui se dit dans une tona­lité parti­cu­lière. Tout en demi-​teinte, qui touche et qui étreint. Qui porte et qui emporte.[…]
La langue de Frédé­rique de Carvalho est mysté­rieuse et belle. Sans recherche appa­rente, elle s’impose comme une évidence. Poésie première. Il arrive aussi que la poète bous­cule la langue, que les phrases s’interrompent sur le vide d’une néga­tion incom­plète. La poète laisse en suspens ce qui ne peut être traduit en langage ordi­naire… ou qui lui semble super­flu. […]
Geste désir danse, l’écriture de Frédé­rique de Carvalho est écri­ture de l’implicite, de l’indéchiffrable, de l’équivoque. Elle est la vivante qui ré-​explore avec talent le terri­toire infini de “lalangue – de – cela – qui – nous
éblouit”. Une épipha­nie.
Et “c’est de la joie cela de
l’ivresse qui
vient.” »
Angèle Paoli, Terres de femmes, n° 188, juillet 2020