Précipités

Auteure
Valérie-Catherine Richez
Poésie
88 pages, 12 x 18 cm
Parution : juin 2014

Publié avec le soutien de la région Bretagne

 14,00

ISBN : 978-2-917751-45-9 Catégorie :

Présentation

Les Préci­pi­tés de Valérie-​Catherine Richez sont des frag­ments, des blocs de prose cise­lés écrits à l’imparfait, ou un passé plus ou moins accom­pli (chacun ponc­tué, en contre­point, par une phrase en italique, sans tempo­ra­lité, elle, et qui fait figure d’aphorisme discret), qui séquencent image après image, d’une manière extrê­me­ment visuelle, une longue adresse à une femme – peut-​être la narra­trice elle-​même –, une absente, ou plutôt une « absen­tée ».
Comme des paysages, en traver­sées, en errance, à la fois abstraits et très nets. Des éclats, des lumières, du verre, des reflets, des trans­pa­rences ; la nuit, la neige, la glace, le gel ; des villes, des murs, des écrans. Scin­tille­ments, miroi­te­ments, surfaces réflé­chis­santes, crépi­te­ments lumi­neux, cônes incan­des­cents… Quelque chose de sonore, aussi, comme un souffle continu, une respi­ra­tion plutôt, des réso­nances, des réver­bé­ra­tions, une « langue de bruits », des cris­se­ments. Peu d’hommes, ou réduits à des « figu­rines figées dans une boule de verre où la neige n’en finis­sait pas de tomber », pour dire « l’errance de ceux qui ont perdu leur trace ».
Valérie-​Catherine Richez nous porte dans une langue magni­fique au cœur de l’opacité de nos vies, de notre présence/​absence au monde, de l’inquiétude d’être peut-​être tout simple­ment. « Comme l’énigme qui creuse en nous. »

Notes de lecture

« Brouillage, constam­ment, l’affirmation est sapée par la syntaxe, les modes et les temps. Pour­tant des éléments quoti­diens qui pour­raient offrir la sécu­rité se jouxtent : la ville, les arbustes, un quai, le fleuve… relan­cés d’un texte à l’autre comme “le film” en début de livre, rappelé par les “images affo­lantes” plus loin ; mais un adjec­tif le désta­bi­lise. En cette percep­tion fine du narra­teur vit une alté­ra­tion. Est-​ce la conscience ou le monde lui-​même qui est touché ? Les réseaux lexi­caux croi­sés, déman­te­lés par une quali­fi­ca­tion qui les menace, produisent une vision inquié­tante, aux limites du fantas­tique, dans laquelle le lecteur se perd. Forcé­ment.
Quelque chose s’est perdu, une langue, son sens :
“Signes effa­cés en ce moment de mots impro­non­çables.”
Car un effon­dre­ment a signé les bles­sures et les “cica­trices”, altéré la ville (la vie) et celui ou celle qui la perçoit.
“Tu savais que tu devais te tenir là sans comprendre. Plan­tée dans la terre froide. Sous la voûte épaisse et mouvante. Saluer. Signer. Dire oui à cette affreuse absence. Creu­ser à nu dans le silence. Aimer, aimer cette lumière noire en atten­dant que peut-​être là-​bas une voix se mette à chan­ter.”
En ce livre, en ce linceul, la peau mordue se souvient, par bribes, au milieu des saccades de “films publi­ci­taires” ou d’ampoules étranges, des “oracles” et des signes. Aux vibra­tions du cœur ils se mêlent, garants de mémoire et d’oubli dans un morcel­le­ment porté par la voix englou­tie “[e]n un constant frôle­ment d’adieu”. »
Isabelle Lévesque, Poezi­bao, 9 février 2015

« La préci­pi­ta­tion peut être phéno­mène méca­nique ou événe­ment chimique. Les Préci­pi­tés de Valérie-​Catherine Richez relèvent des deux : ils portent la fulgu­rance, manière “explosante-​fixe”, les phrases cris­tal­lisent et prennent de vitesse la pensée. De là aussi le contraire : un effa­re­ment et le miroir immo­bile, toute l’histoire fixée sur une demi-​page. Vous pensez feuille­ter le livre comme une suite d’arrêts sur image, ou un jeu de kaléi­do­scope, recueil de planches, avec coupes sur l’instant revenu de loin ? Mais chaque nouvelle lecture vous préci­pite ailleurs, à suivre un geste centri­fuge qui dévisse la mémoire.
De quoi s’agissait-il aujourd’hui ? D’un exer­cice d’exactitude ? De la mesure d’une coïn­ci­dence ou d’une irré­duc­tible perte ? De nommer le dedans, l’événement central, en même temps que l’exclusion, le cœur inac­ces­sible, l’écart ? N’est-ce pas cela, qui est creusé par la forme même : texte coupant suivi d’un presque titre, frag­ment italique qui vise à la fois le dehors et le noyau ?
“[…] Langue de ton corps silen­cieux où chaque souffle creu­sait l’abîme tandis que des voix incon­nues réson­naient au-​delà des tours. Mots tracés en jets sur les murs par des mains d’enfants affo­lés. Comme le refus inscrit en fièvre noire dans leurs yeux.
Obscu­rité à lever, comme des pierres” »
Jean-​Luc Bayard, CCP – Cahier critique de poésie #31 – 1, 27 octobre 2015