Incantation pour nous toutes

Autrice
Anna Milani
Poésie
40 pages, 12 x 15 cm
Parution : juin 2021

Publié avec le soutien de la région Bretagne

 9,00

ISBN  978-2-490385-26-3 Catégorie 

Présentation

« Je dessine un carré avec des phrases compactes : c’est la maison. » Ainsi commence Incan­ta­tion pour nous toutes d’Anna Milani.
Mais si le texte, comme une maison construite de trente blocs faus­se­ment carrés, semble propo­ser un chemin géomé­trique et balisé, le lecteur qui s’y engouffre peut se perdre dans ce dédale peuplé de figures fanto­ma­tiques surgies du passé, un lieu mouvant qui provoque des images fortes, des visions, des tableaux… et des interrogations.
La maison, comme les figures qui la hantent (les femmes, toutes les femmes, le nous toutes du titre ?), est elle-​même un corps, elle « a ses propres stra­té­gies de survie » et « s’adapte à la morpho­lo­gie souter­raine », à l’eau des trois rivières qui courent, creusent et travaillent sous son sol. « Les murs connaissent l’histoire. »
Ainsi, la ques­tion du dedans (la maison, le corps) et du dehors (la géogra­phie, le terri­toire) jalonne le texte, dans un renver­se­ment du sens perma­nent : « le corps est un lieu-​dit dont on ne connaît pas les voies d’accès » ; « le dehors est une super­sti­tion » et « s’empresse la nuit autour de la maison ».
Les chevaux, le vent, le cerf, le noyer entrent dans la maison, abolis­sant le dedans/​dehors. Les corps, eux, cherchent à s’échapper, comme celui du blessé abrité au fond d’une chambre, qui tour à tour devient « un oiseau », puis « une jeune fille ».
Alors, les mots seuls permettraient-​ils de sortir au dehors, retrou­ver les éten­dues et recons­ti­tuer « l’articulation entre corps et syntaxe » ? Car « les tâches qui nous incombent à présent ont à faire avec les mots ».
Il n’est pas inutile de signa­ler que, de langue mater­nelle italienne, Anna Milani écrit en fran­çais, sa « langue seconde », impli­quant un travail d’exploration qui à la fois déroute et re-​situe. Une écri­ture onirique, incan­ta­toire et agis­sante, un chant de libé­ra­tion qui ouvre sur « une porte au milieu de nulle part, entre­bâillée sur l’infini ».

Notes de lecture

« La maison de l’Incan­ta­tion pour nous toutes d’Anna Milani est dessi­née avec des phrases compactes, car il ne s’agit pas seule­ment de montrer des figures et des corps, il faut aussi montrer comment la maison est trans­per­cée pour lais­ser passer tous les vents, tous les fleuves, toutes les campagnes à la rencontre du blessé à l’écoute des phéno­mènes qui l’assaillent mais que sa bles­sure empêche d’accueillir, les paysages, le ciel, le cheval qui piétine d’impatience dans la cuisine de cette maison ancrée dans l’horizontalité et dans la verti­ca­lité de l’écriture dont la tension parcourt tout le livre, mais dont les cloi­sons finissent par s’abattre lorsque la maison malgré sa struc­ture persis­tante et compacte, ses serrures et ses embar­gos libère toutes les figures prison­nières de ses pièces, et l’espace s’ouvre enfin, laisse entrer tout ce qui était inac­ces­sible pour le blessé, l’oiseau, la jeune fille, la femme qui descend vers la rivière et s’ouvre au mouve­ment du fleuve, tous et toutes s’accordent et se régé­nèrent et chantent dans l’écriture les mots inédits de leur délivrance.
L’Incan­ta­tion pour nous toutes est le premier livre écrit par Anna Milani, née italienne, qui redresse nos torts et ceux qui nous sont faits par la force des mots qu’elle a choisi d’écrire en fran­çais, en renon­çant à la musi­ca­lité de sa langue mater­nelle, pour renfor­cer les struc­tures et la char­pente de cette maison de tous les bannis­se­ments et de tous les enfer­me­ments dont les parois fini­ront par céder à la déme­sure de l’espace extérieur. »
Vian­ney Lacombe, Poezi­bao, 6 août 2021

« En trente mini-​proses précises, Anna Milani invente, dans Incan­ta­tion pour nous toutes, un espace du dedans nervuré de rivières et traversé de fantômes. »
JB Corteg­giani, L’Obs, 9 septembre 2021