Lettre d’un frère à ses sœurs (moins une)

Auteure
Claire Le Cam
Récit
72 pages, 12 x 15 cm
Parution : 10 mai 2018

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 14,00

ISBN : 978-2-917751-95-4 Catégorie :

Présentation

« Bien chères sœurs,» : si l’adresse de cette Lettre d’un frère à ses sœurs (moins une) sonne comme une prière, l’incipit résonne comme un coup de poing : « La sœur deuze est bien morte. »
À la suite de l’incinération de sa sœur, le temps d’une jour­née enta­mée au petit matin sous le signe de l’alcool, un frère, unique garçon de la fratrie, prend la parole et déverse dans un flot de mots hostiles et triviaux la violence des liens fami­liaux, un amour pour le moins ambigu trans­formé en devoir d’aimer. Ne s’excluant pas de la folie de ce cercle fami­lial fait de clôtures, véri­table zone d’enfermement, c’est un homme obsédé par sa propre déchéance et au bord du gouffre qui se livre, chargé de cette « besogne d’être pour vous jusqu’après ma vie votre frère ».
D’une écri­ture nerveuse et inci­sive, puis­sante et terri­ble­ment imagée, Claire Le Cam fait entendre la voix comme infes­tée du frère, sa parole « objec­ti­ve­ment insup­por­table et tragique », et dépeint ainsi sans filtre une famille engluée, déboî­tée.

Notes de lecture

« À lire la quatrième de couver­ture du dernier livre de Claire Le Cam, on pour­rait songer à l’inclassable tirade pronon­cée par Chris­tian Klin­gen­feldt dans Festen, film danois de 1998 réalisé par Thomas Vinter­berg, dans lequel le fils aîné prend la parole à l’occasion du 60e anni­ver­saire de son père pour révé­ler de lourds secrets de famille. On pour­rait aussi penser à la lettre écrite par Kafka à l’intention de son père, jamais envoyée, dans laquelle l’auteur pragois évacuait toute la rancœur qu’il éprou­vait à l’égard de cet homme rigide et auto­ri­taire, respon­sable de nombreux complexes dans la nature anxieuse de son fils*. Mais c’est encore un autre ressenti que porte cette Lettre d’un frère à ses sœurs (moins une), une hosti­lité parti­cu­lière envers l’encombrante famille à laquelle il faut s’adresser à l’encre d’une sincé­rité féroce et de vieux souve­nirs à déter­rer. […]
Avec une écri­ture à la fois virile et poétique, Claire Le Cam discerne à travers cette lettre toute la violence qui fait rage dans la bana­lité du cercle fami­lial, le plus courant et modeste en appa­rence mais qui fina­le­ment ne connaît aucune échap­pa­toire. »
* Kafka Franz, Lettre au père. Écrite en 1919, elle parut seule­ment en 1952 à titre post­hume.
Benoît Colboc, « Quand la deuze s’en va », Lundiou­mardi, 3 juillet 2018

« Claire Le Cam construit ses livres un par un, et elle soigne diable­ment sa cible. J’avais pu lire ainsi l’étonnant et superbe Raccom­mo­der me tour­mente. Hommage peut‐​être à Éric Chevillard dont on retrouve parfois quelque chose, en termes d’humour et d’inventive réflexion. […]
Cette année, sous une couver­ture non plus noire, mais rouge sang, c’est l’heure de Lettre d’un frère à ses sœurs (moins une). Une couleur surtout pas anodine en l’occurrence. Car c’est à un nettoyage féroce que procède le fils et frère. Parents croqués sans pitié. Sœurs égale­ment, quoique béné­fi­ciant parfois de compas­sion, sinon de clémence. […]
Sœur une, sœur quatre ? En effet, il les nomme chacune par un numéro. Sœur quatre ou sœur une. Lui‐​même signe frère trois. Sœur deuze ? Elle vient de mourir. Pas même un suicide, comme il y en eut tant dans la famille. Peut‐​être pire.
Il s’adresse à celle qui n’est plus là, désor­mais cendre (elle a été inci­né­rée la veille) et à celles qui sont encore sur terre, même pas dessous. C’est une lettre écrite au long d’une jour­née aigre et empoi­son­née de mémoire mal digé­rée. Le rédac­teur a commencé à boire tôt le matin, c’est toujours la bonne excuse à la cruauté, les phrases se déroulent sans respirs ni virgules. […]
Il faudrait peut‐​être imagi­ner une lecture déten­due de ce texte et rire là où peut‐​être il exagère, car il y a là une distance effrayante entre l’auteur et son sujet, entre l’auteur et lui‐​même. Une sorte de luci­dité dont on se passe le plus souvent, ce qui explique pour­quoi le monde dort, s’agrippant, pani­qué, à une léthar­gie sans rêve, engluée à l’humus de la vie, sans jamais naître tout à fait, ni mourir d’un seul coup. La gueule en cendres.
Claire Le Cam n’est pas du genre à dispen­ser des cadeaux au hasard, elle ne lâche surtout pas sa cible, et cela fait plutôt mal, à l’inverse exact du bien que cela fait de le dire. »
Jean‐​Claude Leroy, « De fiel de frère, l’encre du nouveau livre de Claire Le Cam », Media­part (Blog Outre l’écran), 9 juillet 2018