Les caduques

Autrice
Maryvonne Coat
Poésie
64 pages, 12 x 15 cm
Parution : octobre 2021

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 14,00

ISBN  978-2-490385-21-8 Catégorie 

Présentation

Les caduques est un livre à multiples entrées. Mary­vonne Coat y explore l’enfantement au plus intime, au creux de la chair de la femme, la fusion utérine entre la mère et l’enfant, mais on peut y voir égale­ment la rela­tion sexuelle et amou­reuse des amants. C’est une plon­gée, ou une traver­sée, du corps-​matrice, du corps-vie.
Si l’usage du mot « caduc/​que » pour quelque chose de périmé est fréquent, l’est beau­coup moins son accep­tion médi­cale, au fémi­nin, qui désigne la/​les membranes qui vont former le placenta et être expul­sées au moment de l’accouchement. Le terme vient du latin cadu­cus qui veut dire « tombé » ou « tombant ». Cette signi­fi­ca­tion plus courante du mot est là aussi présente, dans cette « chute » origi­nelle, comme dans l’épuisement — et le renou­vel­le­ment — qui s’opère dans un couple.
C’est une expé­rience d’écriture — et de lecture — qui s’apparente à de la couture, aux prises avec une matière dont la souplesse s’avère assez verti­gi­neuse. Soit un poème en vers initial et trois versions qui en découlent, nous avons dans ce livre deux « fils », et deux « trames », chaque fois versant et envers. Chaque fois rigou­reu­se­ment les mêmes mots, les poèmes « fils » se dérou­lant en vers brefs sur la page, filets, écou­le­ments, les poèmes « trames » consti­tués de ces fils tissés serré, formant tissus denses ; les versants allant de A à Z, si l’on peut dire, les envers de Z à A. Seuls changent les coupes aux vers, et la dispo­si­tion dans la page entre les fils et les trames.
On suit, dans les séquences versi­fiées, l’agencement des mots au rythme fluide, pris dans une sorte de spirale (ou de siphon), qui se dilate en versant, se rétracte en envers. D’un côté le fœtus qui se détache de l’utérus, la « peau commune », formant « deux nous / le nous / l’un l’autre / de chacun », et c’est la nais­sance (la sépa­ra­tion), la déli­vrance et le vide, « du tissu / affran­chi / corps flotté / s’invente un espace », « le passé / nous sépare / de ce qui nous relie » ; quand, de l’autre, avec les corps unis « un espace / s’invente / flotté / corps / affran­chi / du tissu », « un temps / nous relie / de ce qui nous sépare », et c’est comme un commen­ce­ment, tout peut recom­men­cer… C’est pulsa­tions des deux côtés, « spasmes puis­sants », c’est liquide, vagues, déver­se­ments et échouages, le corps est port, jetée, plages ou grand-voile.
Les séquences en prose, au centre du livre, sont impri­mées sur papier calque, redou­blant le brouillage, ou l’empilement des couches. Si l’on est davan­tage du côté conte­nant, et la sensa­tion d’un rembo­bi­nage plus que d’une spirale, ou d’une boucle, le bloc n’est qu’en appa­rence plus cadré, puisqu’il appar­tient au lecteur de relier tels ou tels mots, groupe de mots et d’avancer dans le texte comme il l’entend, avec la trans­pa­rence qui para­doxa­le­ment obscur­cit la lecture. Il y a satu­ra­tion, assu­ré­ment, dans cette super­po­si­tion des sens.

Notes de lecture

« Lire Les caduques, c’est traver­ser des couches de feuilles, de peaux, de matières végé­tales et humaines ; c’est y voir de moins en moins clair ; c’est traver­ser une obscu­rité consti­tuée de brouillards et de brumes, d’embruns et de moiteurs. Le livre repose sur ces diverses matières sujettes à trans­for­ma­tion : les deux types de papiers utili­sés jouent de l’opacité et de la trans­pa­rence, du plein et du vide. À l’un est réservé le vers, à l’autre la prose. Vers bref, consti­tué d’un, deux ou trois mots. Prose compacte, qui opte pour un texte refu­sant la gram­maire clas­sique. Majus­cules et ponc­tua­tion ont en effet disparu de la longue phrase sans début ni fin qu’on retrouve au cœur du livre. […]
Quelles matrices continuerons-​nous à produire ? C’est à cette ques­tion que le texte de prose imprimé sur les feuilles trans­pa­rentes tente de répondre par une sorte de fiction qui réécrit autre­ment les hypo­thèses propo­sées par l’empilement fragile mais entêté des vers qui précèdent et qui suivent. Nais­sance tragique ? Le liquide amnio­tique se mêle au sang. Les matières disent le couple fou qu’est éros/​thanatos. Ce qui se détache, c’est la vie, mais ce qui tombe, c’est le poids de la mort contre laquelle on ne peut rien. Tas de feuilles, tas de corps, matières portées puis aban­don­nées. Donner nais­sance, c’est donner vie à la mort, qu’elle soit immé­diate ou retar­dée. Et c’est un “saule pleu­reur” qui assiste à cette “orai­son funèbre” origi­nelle que chacun d’entre nous porte, pour ne plus cesser de nous dépor­ter vers d’autres scènes que l’on se tue à dire. »
Anne Mala­prade, Poezi­bao, 27 octobre 2021