Description
Écrit lors d’une résidence dans le sémaphore d’Ouessant en janvier 2023, Fractales est un recueil introspectif aux multiples traversées dans lequel Isabelle Sauvage interroge un présent de béquilles et d’écriture qui, dans cette île à l’occasion de ce rendez-vous, se déploie autour d’un épicentre contenu dans les vers du poète argentin Roberto Juarroz : « … accrocher au mur un cadre vide / pour qu’à s’y figer ne s’épuise aucun paysage ».
Un cadre vide que chaque jour dans le sémaphore elle compose et décompose : « Le déséquilibre vit sa vie, je vis dans ce déséquilibre. J’accroche chaque jour au mur un cadre vide. » Avec deux autres « veilleuses » à ses côtés, elle habite le vent, les vagues et s’aventure dans un quotidien d’écriture et de questionnements, « Elles, ici, me soutiennent. Me ramassent aussi. Marchent à mes côtés. Écrivent à mes côtés. / Même tempête. » Un vivre-ensemble qui laisse place aussi à la solitude, dans la confrontation avec les mots : « Dansant le soir elles dansent la gravité : la force et la profondeur de ces jours qui les unissent en les laissant seules parfaitement. »
Mais le cadre c’est aussi un contour familial et sororal. Des femmes au passé et au présent qui surgissent là presque fantomales, amenées sur la page par le vent, sans chercher à élucider une quelconque origine mais qui, par l’écriture d’Isabelle Sauvage, redessinent les contours du cadre tout à coup devenu débordant. Ainsi des femmes : des filles, des sœurs, des nièces, des mères et des grand-mères – « Elles devraient s’accorder » – qui posent la question du lien, de la transmission, ce fil générationnel décomposé, déséquilibré lui aussi, mais toujours maintenu. « Allers-retours, les trois femmes : la petite, la grand-mère, la mère. La petite-fille grandie. La mère, la troisième, dégringolée. La grandie, dégringolant. »
Écrit dans une prose poétique qui alterne entre des souffles forts et une vigilance à tout ce qui l’entoure, Fractales avance sur les sentiers insulaires en suivant les mouvements du vent, interrogeant le corps et sa dolence, le trébuchement des jambes et du passé, au milieu des figures animales et familiales qui composent le texte (le cadrent). Des sentiers de lande et de mots le long desquels l’autrice avance en écrivant loin quand « Enveloppée. Enclose. De large je veux bien. »
Un texte bouleversant écrit à la première personne pour désencombrer les déséquilibres et toujours apprendre à se réinventer.

