Honneur aux serrures

Auteure
Anne Calas
Poésie
152 pages, 14 x 20 cm
Parution :  novembre 2016

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 18,00

ISBN : 978-2-917751-72-5 Catégorie :

Présentation

Un titre qui claque, inter­roge – et dérange, peut‐​être. Vif et inso­lite, pour ouvrir le livre qu’il porte. Honneur aux serrures se décline en trois parties et huit « mouve­ments » – pour reprendre le terme utilisé par l’auteure à propos de la pièce sonore en cours, compo­sée par Alain Lafuente sur le texte qu’elle dit, offerte en paral­lèle sur son site (seuls les cinq premiers mouve­ments sont dispo­nibles à ce jour).
C’est dire comme l’écriture d’Anne Calas est rythme, sons, avant tout. Ou « sautes de langage comme des sautes d’humeur », comme l’a écrit Claude Adelen à propos de son précé­dent livre, Litto­ral 12. Oui, ce qui surprend avant tout ici, c’est la liberté d’écriture, à l’image de ce « la maison flotte dans un prin­temps que l’été serre de près marque à la culotte (je veux dire ça) ». Et ça claque (ou « le son ruis­selle », aussi), en rimes simples ou alli­té­ra­tions (carburateur/​collimateur/​détonateurs ; bicyclette/​guêpes/​carpettes ; etc./voudra ; « une sorte de lang­sam – langue – langage, ein küss zu küssen ein sehr sehr et me serre encore »…).
Ça – quoi ? Huit mouve­ments, donc, qui sont autant de saisons, au sens le plus large, celles de la nature et celle d’une « Femme‐​va‐​nus‐​pieds étoffe et élec­tri­cité / fée fille mère grand‐​mère / papesse aux ciels joyeux ». Saison(s) chaude(s), saison(s) froide(s) (neige de janvier, aigu cris­tal­lin, sous laquelle coule/​couve l’écarlate ; « éblouis­se­ment de fram­boise écra­sée »), langueur et affo­le­ment, enfance, adoles­cence et matu­rité aussi bien, toujours mêlées, dans la recherche de la plus grande liberté qui soit : « = à dater de ce jour, je sous­si­gnée m’engage fidè­le­ment à ne plus trem­bler. Feuillages tout le long du vivant courant à la rivière et encore du courage et rester assise. Plus que quelques millions d’années à venir à coudre, à flétrir, à crava­cher famille ci‐​devant Homo sapiens, le père la mère, la fille le fils la fille la fille la fille. »
Cette liberté, elle se vit dans l’explosion des sens, du sexe, dans l’amour renou­velé, dans la pulsa­tion qu’est vivre à l’écoute, au plus vrai, au plus près de soi et du monde qui l’entoure – les objets ou gestes les plus quoti­diens, incroya­ble­ment animés, vivants, comme les éléments (« lune pleine prête à explo­ser », orage « ten[u] par les couilles »). « Une sorte de préci­pité », une « quin­tes­sence de vie », parce que « je reven­dique le droit d’aimer. Sans défense à la grille », « mon corps profond comme un fauteuil anglais, bulles de cham­pagne, parfum salé vibrant de roses ».

Notes de lecture

« Honneur aux serrures. Quel titre ! L’association est inat­ten­due. Et si le lecteur pense trou­ver ici tout l’attirail du parfait serru­rier, il sera vite décon­certé. Asso­cia­tion de malfai­teurs, alors ? […] Avec ce dernier opus qui met les serrures à l’honneur, la poète, qui est aussi comé­dienne chan­teuse jardi­nière, méca­ni­cienne à ses heures (gara­giste ?) et surtout grande amou­reuse, pour­suit son entre­prise d’ouverture d’“espaces poétiques”. Et pour permettre au champ des possibles d’avoir lieu, il faut faire sauter les serrures. Les serrures anté­rieures. Celles du passé de la langue du langage de l’écriture. Et du sexe. […] Rien n’arrête Anne Calas. Rien n’arrête son élan son bonheur à dire et à nommer. Son bonheur est pléni­tude.
[…]
Lire ce dernier ouvrage et les poèmes qui le composent, c’est se lais­ser prendre dans le tour­billon de la vita­lité de la poète, dans son éner­gie vitale, dans sa soif inex­tin­guible de l’amour. C’est parta­ger un moment de vie qui entraîne dans sa verve créa­trice. Car, outre cette vita­lité insa­tiable, Anne Calas a un talent fou. Et cet Honneur aux serrures est une promesse de plai­sir pour qui accepte de pous­ser la porte. Un plai­sir qui va crois­sant au fur et à mesure que l’on progresse dans l’aventure qu’elle nous livre. Sans rete­nue, avec la prise de risque que cela comporte.
Entrer dans les “paysages/​intérieurs” d’Anne Calas, c’est faire le choix du multiple. »
Angèle Paoli, Terres de femmes, décembre 2016

Bernard Noël a permis à l’auteure de publier cette lettre qu’il lui a adres­sée à propos de son livre. Nous la repre­nons ici avec plai­sir :
« … livre au titre quelque peu déran­geant, mais c’est vite une ouver­ture qui s’impose et de page en page surpre­nante, donc effi­cace. Tout à coup les mots courants ne le sont plus et leur proxi­mité dérange ce qu’ils disaient jusque‐​là, le préci­pite, l’accélère et provoque une sorte de prin­temps verbal qui agit sur la langue et sur l’œil, déca­pant les percep­tions. […] De page en page, ces sauts de sens rajeu­nissent le lecteur qui retrouve peu à peu du sens en lui tout neuf. Merci. »
Bernard Noël, lettre à l’auteure, décembre 2016

« Dans les rayons de lumière tiède de janvier et les draps de l’été, les lèvres élec­tri­sées d’une femme sensuelle contre le torse de l’aimé, des baisers = un bien‐​être. Libre dans ses formes qui varient des vers à la prose, en huit mouve­ments, trois parties, Anne Calas déploie des poèmes traver­sés de désirs. Les corps dansent.
“j’écris / pares­seuse, des épopées de riens”, de ce tout qu’est l’amour.
La poète saisit des prés soyeux de la chambre ou du train comme l’océan où se baigner au matin. Elle écrit la douce compli­cité du couple, un bruit de machine à laver, l’odeur des “genêts” à l’aisselle. Sur le toit, de la pluie, “et claque l’élastique / de [sa] culotte”. Face à la lune, des instants de chaleurs, une récon­ci­lia­tion. Honneur aux serrures plonge dans les couleurs sensibles = une jouis­sance forte, sexuelle. Une “matière radieuse” qu’irradie un rythme d’images rêveuses, des descrip­tions montées par énumé­ra­tion et, souvent, une chute, un envoi fend la marge de ce recueil déli­cieux. »
Natha­lie Garbely, CCP – Cahier critique de poésie, #34 – 5, 16 février 2018