Description
Études d’une jument est un poème au long cours sur la création, la narration, l’écriture. Fanny Garin écrit pour que nous lisions et presque spontanément prononcions à haute voix, écoutions, visualisions. Ainsi cet élan d’appeler le lecteur à prendre part à ce poème lorsque le « je » narrateur galope vers le « nous », l’interpelle : « poursuivons le poème » / « reprenons le récit »… Dès lors les personnages s’égrènent comme maître teyl sorti d’un livre de Faulkner ou la belle nastassia qui « échoua dans mon poème » mais qui plus loin disparaît par la simple volonté de la poète – « puisque l’instant d’après, je la barrais ».
Fanny Garin, au fil de son écriture sensorielle, tisse ses références littéraires (Fred Deux, Dostoïevski, forme du conte…) avec d’autres arts (cinéma, peinture, photographie…) comme elle rend poreux les souvenirs et les rêves, les fantasmes et la violence, la sexualité et la maternité. Elle fait appel à notre imagination comme une invitation à rencontrer la sienne – « regarder cette image, ce petit film en noir et blanc » / « voici les ingrédients de ce poème » / « voici les rêves nouveaux de ce poème : une photographie couleur radiologie-échographie des prés et chevaux comme des spectres ou squelettes » ou encore « oui, ainsi soit l’écriture demain, contradictoire, pleine, sur le point de se rompre ».
Rappelant Roland Barthes plusieurs fois cité en exergue dans le recueil, Études d’une jument c’est aussi avant tout le plaisir du texte. Ce plaisir de la langue qui se décompose comme un jeu, ce jeu infini de tous les possibles formant paysage. Imagination et sens se mêlent, prennent vie. Dès les premières lignes, un décor se pose et tout se déroule dans une mise en abyme de l’acte d’écrire : comme si le lecteur découvrait le texte à mesure qu’il s’invente sous ses yeux.
La portée onirique et sombre du texte insuffle une atmosphère d’étrange étrangeté en brouillant les images, les redessinant au fil des pages. Ainsi les robes des chevaux changent de teinte selon l’émotion ou l’action, les personnages et les corps fusionnent ou se transforment. La jument, « sainte gana », nous la suivons le long de ses métamorphoses et métaphores jusqu’à la dernière ligne du livre, contaminé par l’obsession de cette figure animale de l’autrice qui conclut : « chère gana, je me souviens de toi, oui ».

