Je rêve que je vis ?

Je rêve que je vis ? Libérée de Bergen-Belsen
Auteure
Ceija Stojka
Traduit de l’allemand par Sabine Macher
Avant-propos de Karin Berger
Récit
116 pages, 12 x 15 cm, reliure dos carré collé
Parution : mars 2016
Titre original : Träume ich, dass ich lebe ? Befreit aus Bergen-Belsen, publié originellement par Picus Verlag, Vienne, 2005
Traduction primée par le Bundeskanzleramt d'Autriche (chancellerie fédérale) en 2017

 17,00

ISBN : 978-2-917751-66-4 Catégorie :

Présentation

Je rêve que je vis ? Libé­rée de Bergen‐​Belsen est un docu­ment excep­tion­nel à plusieurs titres. Ceija Stojka relate quatre mois passés à Bergen‐​Belsen, début 1945 (le camp est libéré le 15 avril) et les mois qui ont suivi. Elle avait déjà évoqué ses diffé­rents inter­ne­ments, mais, au cours de l’été 2004, lors d’entretiens menés par Karin Berger, qui lui avait déjà consa­cré un docu­men­taire en 1999, c’est parti­cu­liè­re­ment sur Bergen‐​Belsen que se fixent ses souve­nirs. La singu­la­rité de ce récit tient au ton de la narra­tion, d’une grande fran­chise et d’une grande préci­sion, la narra­trice retrou­vant l’art du récit sécu­laire des Roms en faisant revivre la petite fille qu’elle était alors. C’est une fillette que l’on suit parmi les « montagnes de morts », proté­gée par la farouche volonté de sa mère, dont elle n’a heureu­se­ment pas été sépa­rée, à faire survivre les siens. C’est une fillette qui décrit les condi­tions abomi­nables d’existence auxquelles sont confron­tés les déte­nus, avec toute la naïveté mais aussi la crudité de l’enfance, ses incom­pré­hen­sions face à l’horreur. Qui relate l’arrivée des « libé­ra­teurs » anglais avec toute la distance de son regard sidéré. Qui dit aussi l’avant – les planques dans la Vienne occu­pée – et l’après dépor­ta­tion – le retour à Vienne, si long, les retrou­vailles avec les autres membres de la famille, l’indifférence, sinon l’hostilité, des Gagjé, les non‐​Roms, et la diffi­culté de retrou­ver des condi­tions de vie décentes. Mais loin de n’évoquer que les douleurs du passé, Ceija Stojka nous trans­met égale­ment cette force de vivre qui l’a toujours accom­pa­gnée, son bonheur d’être là, de dire et de trans­mettre – de résis­ter encore et toujours à la barba­rie tout en célé­brant la vie.
Si de nombreux ouvrages ont été consa­crés aux camps pendant la Seconde Guerre mondiale, il existe peu de témoi­gnages des resca­pés tsiganes, pour­tant parmi les popu­la­tions les plus persé­cu­tées par le régime nazi. Bien que les Roms aient long­temps eu une culture essen­tiel­le­ment orale, cela a changé depuis quelques décen­nies, que ce soit en langue romani ou dans toute autre langue. Le livre de Ceija Stojka, écrit en alle­mand, dans la langue de ses bour­reaux mais avant tout la langue de son pays d’origine, est non seule­ment une victoire symbo­lique sur le nazisme mais il est aussi à repla­cer dans le cadre de cette litté­ra­ture écrite, encore mécon­nue.
Je rêve que je vis ? a paru à l’occasion de la Bien­nale des écri­tures du réel, Marseille, 2016, au cours de laquelle la compa­gnie Lani­co­la­cheur – Xavier Marchand en a proposé une première lecture théâ­tra­li­sée, qui a été présen­tée depuis de nombreuses fois, notam­ment lors de l’exposition Ceija Stojka à la Maison rouge en 2018.

Notes de lecture

« En posant un œil sur Je rêve que je vis ? Libé­rée de Bergen‐​Belsen, un nauséeux réflexe vient déman­ger l’esprit pour redou­ter cet énième récit de l’horreur des camps qui n’aurait d’autre but que d’exploiter un filon lucra­tif. Gros­sière erreur quand le livre en ques­tion brille par ses quali­tés litté­raires et la singu­la­rité des thèmes qu’il aborde.
[…] Les entre­tiens entre Ceija Stojka et Karin Berger se dérou­lèrent en 2004, c’est-à-dire près de soixante ans après les évène­ments racon­tés. Une langue plus mature, âgée même, aurait coulé de source mais c’est avec une incroyable juvé­ni­lité que l’auteur dépeint les abomi­nables condi­tions d’existence qu’elle et les siens vécurent à ce moment. À nouveau, Ceija Stojka semble avoir 11 ans, munie cette fois d’un papier et d’un crayon pour décrire en temps réel ses souve­nirs de l’horreur : manger la laine des vête­ments et les lacets de chaus­sures pour ne pas se livrer au dépe­çage des entrailles des cadavres qui l’entourent, boire la pénul­tième goutte d’eau dépo­sée par le brouillard sur les fils barbe­lés cernant le camp et trou­ver n’importe quelle façon de sourire un peu, même si cela doit être devant le visage grotesque d’un mort.
[…] Témoi­gnage poignant de ces oubliés de l’histoire, Je rêve que je vis ? pose ainsi les jalons d’une recherche inabou­tie, voire inen­ta­mée, des massacres de la Seconde Guerre mondiale du point de vue d’un narra­teur qui alterne à merveille entre la naïveté d’une enfant tzigane et l’adulte confronté à son travail de mémoire des décen­nies plus tard. Une Ceija Stojka qui, lorsqu’elle recouvre ses 71 ans le temps de quelques lignes, nous dit : “Toujours, quand je vais à Bergen‐​Belsen, c’est comme une fête ! Les morts volent dans un bruis­se­ment d’ailes. Ils sortent, ils remuent, je les sens, ils chantent, et le ciel est rempli d’oiseaux. C’est seule­ment leur corps qui gît là. Ils sont sortis de leur corps parce qu’on leur a pris la vie violem­ment. Et nous, nous sommes les porteurs, nous les portons avec notre vie.” »
Benoît Colboc, « Bergen‐​Belsen, témoi­gnage d’une Romni », Lundiou­mardi, 5 avril 2016

« Très rares, et d’autant plus précieux, sont les témoi­gnages de survi­vants rroms des camps d’extermination nazis. » Cette publi­ca­tion « doit donc être saluée comme un véri­table événe­ment. […] ce petit livre vous explose entre les mains… »
Klaus‐​Gerd Giesen, distin​guos​.info, 8 avril 2016

« Sublime moment de parole que ces mots confiés à Karin Berger pour trans­mettre l’espoir. Plus forts que la mort. »
Angèle Paoli, Terres de femmes, avril 2016

« … Ceija Stojka ose avec Je rêve que je vis ? un récit d’une fran­chise boule­ver­sante, conté comme on révèle, après une longue nuit, des secrets sur la mort.
La parole est ici fonda­men­tale, qui trans­forme le cri en chant inau­dible pour­tant écrit.
On lit : “Je me retourne, et j’y suis de nouveau.” On pense à Yan Karski dans Shoah, de Claude Lanz­mann, au passé qui ne passe pas, à Marce­line Loridan‐​Ivens (Et tu n’es pas revenu), à tant de témoi­gnages majeurs se heur­tant à l’indicible, à ces resca­pés conscients d’être remon­tés des Enfers pour tenter d’exprimer au nom des dispa­rus ce qui ne peut pas se repré­sen­ter.
On lit : “J’étais toujours assise entre les morts, c’était le seul endroit toujours calme.”
On lit : “Toujours, quand je vais à Bergen‐​Belsen, c’est comme une fête ! Les morts volent dans un bruis­se­ment d’ailes. Ils sortent, ils remuent, je les sens, ils chantent, et le ciel est rempli d’oiseaux. C’est seule­ment leur corps qui gît là. Ils sont sortis de leur corps parce qu’on leur a pris la vie violem­ment. Et nous, nous sommes les porteurs, nous les portons avec notre vie.”
Vous le compre­nez, vous l’entendez, Je rêve que je vis ? est un livre excep­tion­nel. »
Fabien Ribery, L’Intervalle, 12 mai 2016

« On ose à peine l’écrire : ce récit que nous livre Ceija Stojka, écri­vaine, poétesse et peintre rom, sur ses quatre mois passés au camp de concen­tra­tion de Bergen‐​Belsen, jusqu’à la libé­ra­tion de celui‐​ci, le 15 avril 1945, nous a émer­veillés. Impré­gné de l’art poétique rom et traduit pour la première fois en fran­çais, il décrit les stra­té­gies de survie de sa famille. Comment, au cœur de l’effroi, une petite fille de 11 ans a‐​t‐​elle pu garder sa capa­cité d’enchantement ? Incroyable mystère. »
Isabelle Marchand, Le Pèle­rin, 2 juin 2016

« Je rêve que je vis ? décrit les condi­tions dans lesquelles cette petite fille réus­sit à survivre avec l’aide de sa mère et elle raconte cette enfance dans une langue qui est celle de la mémoire, lorsqu’elle fut jetée vivante dans un enfer, et elle nous décrit toutes ses tactiques d’évitement avec des mots si proches de cet autre­fois, que nous inté­grons le corps de cette enfant stupé­fiée qui ne cesse d’inventer et d’inventer pour ne pas rester plon­gée à l’intérieur du réel, mais juste à côté, alors que les adultes avaient renoncé à trans­for­mer l’atrocité et n’essayaient plus que de rester en vie.
Ce livre est tout le temps à côté de ce qu’il est impos­sible de suppor­ter et, juste­ment pour cette raison, nous permet de le lire et de nous rendre compte de l’étendue inouïe du malheur que les inter­nés de Bergen‐​Belsen ont dû souf­frir. Mais chez cette petite fille et sa mère, l’humanité n’a jamais chaviré, et lorsque Ceija est déli­vrée avec sa famille et qu’il leur est offert de se venger de leurs bour­reaux, elle ne voit en eux que des êtres humains dont elle ne veut pas prendre la vie, même s’ils ont assas­siné son père et son frère :
“C’est curieux, mais moi aussi j’avais de la peine pour les nazis. C’était des êtres humains après tout. Et le sang battait dans leur cœur tout comme dans le nôtre. Sauf qu’il battait un peu plus vite chez nous, parce qu’on avait tout le temps peur.” (p. 71)
Des années plus tard, lorsque Ceija raconte sa dépor­ta­tion dans ce livre, après l’avoir tue pendant si long­temps, comme nombre des siens qui n’osaient en parler, elle redé­couvre ce qui lui est arrivé avec sa luci­dité d’adulte, mais elle sait qu’elle doit racon­ter ce qui s’est passé avec l’honnêteté de la petite fille qui l’a vécu et non avec la maîtrise d’une adulte, sinon ce serait trahir la vérité et la douleur, “La vraie vérité, la peur et la misère, ce qu’ils ont vrai­ment fait avec nous”, dites avec la voix terro­ri­sée de l’enfant. »
Vian­ney Lacombe, Poezi­bao, 27 mai 2016

« Sans pathos, avec même des moments de pure grâce, Ceija Stojka nous fait revivre ce monde hallu­ci­nant et hideux de cruauté produit par les bour­reaux nazis avec les yeux de la petite fille proté­gée par une mère courage avec des ressources de survie excep­tion­nelles qu’elle était alors. La fillette décrit des condi­tions abomi­nables d’existence dans ces camps d’extermination avec la crudité et la naïveté de l’enfance, et une force de vie inen­ta­mée. »
Ismaël Dupont, Le Chif­fon rouge, 22 janvier 2018

À lire égale­ment :
• Jacques Josse, Remue​.net, 25 avril 2016
• Didier Epsz­tajn, Entre les lignes entre les mots, 25 avril 2016

Ainsi que plusieurs articles sur la pein­ture de Ceija Stojka :
• Florence Aube­nas, « Ceija Stojka : à la décou­verte d’une artiste rom et dépor­tée »,
M – Le Maga­zine du Monde, 25 février 2017
• Lorraine Rossi­gnol, « Ceija Stojka, l’artiste rom réchap­pée des camps », Télérama.fr, 18 mars 2017
• Sabine Gignoux, « Ceija Stojka, la victoire de la couleur », La Croix, lundi 27 mars 2017

À écou­ter :
• Sur Radio Grenouille un entre­tien entre Emma­nuel Moreira, Xavier Marchand et Antoine de Galbert, autour de l’exposition Ceija Stojka, à la Friche Belle de Mai,
ponc­tué de larges extraits du livre, mars 2017
• Sur la RTBF, une belle chro­nique de Juliette Goudot, « H.E.R.O.I.N.E.S »,
10 mai 2017

À voir :
• Sur le site de la compa­gnie Lani­co­la­cheur des extraits de la lecture de Je rêve que je vis ? par Camille Grand­ville, mise en scène par Xavier Marchand