Et leçons et coutures…

Auteur
Jean-Pascal Dubost
Poésie
136 pages, 17 x 20 cm, dos carré cousu collé
Parution : 15 mars 2012

Publié avec le soutien du Centre national du livre

 20,00

ISBN : 978-2-917751-19-0 Catégorie :

Présentation

L’ensemble Et leçons et coutures et divers autres ratta­che­ments et raccords (faits de bousigues) et conte­nant quelques rapié­çures et retailles desti­nés à consti­tuer une illi­sible et cento­ni­fique et inache­vable et impro­bable lecto­bio­gra­phie d’auteur (il faut citer le titre entier pour immé­dia­te­ment donner le ton, si singu­lier, de la voix de Jean‐​Pascal Dubost…) a pour impul­sion une passion immo­dé­rée pour la litté­ra­ture, livres et écri­vains, et pour inten­tion de rendre hommage à la foule de ces pères et pairs qui à un moment donné ont « parti­cipé à la construc­tion et de l’être-de-voix, édoncques de l’être de chair » Jean‐​Pascal Dubost. Préci­sons, pour aider un peu à la lecture de ce titre, qu’au XVIe siècle on appe­lait couture natu­relle le lien qui unis­sait les pères aux enfants, que leçons signi­fie « lectures » au sens étymo­lo­gique et, chez les philo­logues, variantes d’un texte ancien : c’est en amitié profonde pour les livres que l’auteur s’est couturé « natu­rel­le­ment » à ses pairs (anciens et modernes).
Et leçons et coutures… est une fresque d’influences, d’enthousiasmes et d’admirations dessi­nant une lecto­bio­gra­phie, où le sujet d’écriture n’en finit pas de se dissoudre dans l’autre pour se fabri­quer « poèmes en bloc », poèmes comme « variantes actives de l’individu vivant, écri­vant ». Un « livre de dettes » mais qui entend n’en « régler aucune » : sous l’apparence de l’hommage, se dessine en fait un portrait en creux de l’auteur, sinon en surface puisque Jean‐​Pascal Dubost use d’une langue qui jamais ne se laisse enva­hir par l’influence à laquelle on pour­rait s’attendre mais bien au contraire redes­sine encore et encore sa propre route, ses propres détours, non sans violence – une langue, aussi, très enra­ci­née dans le monde « de son temps ». Un portrait d’une grande vita­lité, au vitriol quel­que­fois, non pas tant des figures tuté­laires évoquées que de leur « servi­teur » et surtout compa­gnon en écri­ture. Une belle manière de s’inscrire, pour Jean‐​Pascal Dubost, dans les rangées de la biblio­thèque qui l’a consti­tué.

Notes de lecture

« En ces blocs faits “de frag­ments auto­bio­gra­phiques mélan­gés à des pensées méta‐​poétiques et à des allu­sions histo­riques” on ne sait jamais de qui il est ques­tion, l’auteur évoqué ou l’auteur du poème…. et bien entendu c’est la règle du jeu, ces glis­se­ments entre les deux, cet échange quasi orga­nique. Reliefs de repas, d’orgies même parfois de lectures, pelotes de déjec­tion, petit tas lais­sés par le poète après mandu­ca­tion, rumi­na­tion et renvois divers, ce qui a passé d’un auteur à l’autre. Allant jusqu’à assu­mer un carac­tère amphi­gou­rique : “la phrase amphi­gou­rique et ember­li­fi­co­tée des poèmes en bloc n’est autre qu’un mouve­ment circu­laire et amou­reux de la langue pour mieux trom­per le lecteur” (note qui appar­tient au poème… James Joyce). Inven­tion verbale perma­nente et délec­table, fabrique de mots qui tourne à plein régime, envoyant le lecteur au tapis par petites chique­naudes, tours et détours pour l’emberlificoter, le désta­bi­li­ser, lui faire comprendre que s’il croit avoir compris c’est néces­sai­re­ment qu’il se trompe, lui offrant néan­moins “d’intenses petites syntaxes carmi­ni­formes intran­quilles”. »
Florence Trocmé, « Le Flotoir », Poezi­bao, 29 mars 2012

« Heureu­se­ment loin de toute table rase (ou, du moins, de la mémoire courte de certains contem­po­rains, pois­sons rouges à rayures dadaïstes ou pas), Jean‐​Pascal Dubost confirme à sa manière le fait qu’écrire exige de lire un tant soit peu ses pairs, Villon étant alors aussi actuel que Prigent. D’ailleurs, ici, une telle ouver­ture est évidente rien qu’au lexique1 qui brasse les époques et les registres au long d’une “lecto­bio­gra­phie” d’où l’on pourra tirer autant de “leçons” que de “coutures”, les deux substan­tifs pouvant être bousi­gués2 en “lectures”.
Ce qui donne au bout du compte un “livre de dettes”, autre­ment dit de “plagiats avoués”, d’hommages plus ou moins facé­tieux, dont 98 sont rendus à des écri­vains et 1 au “cycle du Lancelot‐​Graal”, l’ensemble étant traduit dans la “langue Dubost” issue de la rumeur de ces voix multiples, “langue tout à la fois popu­laire, vulgaire, verte, litté­raire et docu­men­tée” – et créant au final un alliage tonique et singu­lier. »
1. Critère essen­tiel en matière de poésie, genre encore trop souvent hanté par la recherche d’une préten­due pureté – ou par son contre‐​pied systé­ma­tique, ce qui revient en fait à la même posi­tion ségré­ga­tive.
2. Une bousigue est, paraît‐​il, une couture gros­sière.
Bruno Fern, Remue​.net, 11 avril 2012

« Une suite de 99 poèmes en prose presque unique­ment virgu­lée, assez courts, d’une ligne à une page. Ce sont des poèmes d’un souffle, forme assez fréquem­ment utili­sée par Jean‐​Pascal Dubost dans ses livres précé­dents, donnant un rythme chahuté et lié à la fois. La syntaxe est malme­née, mais on ne perd jamais le fil : c’est l’avantage du poème bref. Par contre, le lecteur est vrai­ment mis à contri­bu­tion, ou sommé de parti­ci­per acti­ve­ment, par la satu­ra­tion de cita­tions (indi­quées ou non), de néolo­gismes, mots‐​valises, expres­sions popu­laires ou détour­nées, emprunts au latin, à l’anglais, à l’ancien fran­çais, aux langues régio­nales, aux patois… Un vrai festi­val de langue que Jean‐​Pascal Dubost n’avait jamais poussé aussi loin jusque là, me semble‐​t‐​il. »
Antoine Emaz, Poezi­bao, 2 mai 2012

« Jean‐​Pascal Dubost est bien vivant […] et ses leçons et coutures […] sont une lecture des plus revi­go­rantes. »
Tris­tan Hordé, Les carnets d’Eucharis, 20 mai 2012

« un livre moins de “dettes”, d’hommages que de dons, de joyaux déta­chés pour se conci­lier un à un les demi‐​dieux héros d’un panthéon singu­lier […]. Une orgie lettrée, tout en rapiè­ce­ments, coqs à l’âme, jubi­la­tion rabe­lai­sienne, solide virtuo­sité. »
Chris­tophe Stolo­wi­cki, CCP – Cahier critique de poésie, n° 25, mars 2013