Arabat

Auteures
Élodie Claeys et Caroline Cranskens
Livre accompagné de deux films sur DVD,
de photographies des auteures et de dessins d’Agnès Dubart
112 pages, 15 x 19 cm
Parution : avril 2019

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 22,00

ISBN : 978-2-490385-05-8 Catégorie :

Présentation

Arabat réunit un ensemble de textes, photo­gra­phies et dessins et un film en deux parties sur DVD, le tout né de la rési­dence, en 2018, d’Élodie Claeys et de Caro­line Crans­kens à Plounéour-​Ménez, en plein cœur des monts d’Arrée.
Le titre, signi­fiant en breton « ne pas » (aussi bien : « inter­dit », « défense de » — « ça suffit »), est inspiré d’un poème d’Anjela Duval (1905−1981), paysanne et poétesse bretonne dont les artistes auteures se sont nour­ries tout au long de leur séjour entre deux hivers.
Versant livre sont réunis les regards de Caro­line Crans­kens et d’Élodie Claeys, à travers textes et photo­gra­phies, et celui d’Agnès Dubart, qui lors d’un séjour de quelques semaines auprès d’elles a dessiné à l’encre noire les yeux de diffé­rentes personnes rencon­trées en concluant chaque séance de pose par cette même ques­tion : « qu’est-ce que vos yeux aiment voir ? », avant de traduire ces regards inté­rieurs par la couleur et l’aquarelle.
Versant film, deux parties donc, indé­pen­dantes et complé­men­taires, « à valeur d’ici et d’ailleurs », l’une, Prises de terre, se passant dans les monts d’Arrée, l’autre, Au-​Delà de Nous, à travers la France, là où il est ques­tion de collec­tifs, de résis­tance et de révolte (de Notre-​Dame-​des-​Landes aux ronds-​points des gilets jaunes). Caro­line Crans­kens et Élodie Claeys ont suivi le fil des rencontres pour explo­rer quelques cellules vivantes parmi une profu­sion infi­nie. Au rythme du vent, des clairs-​obscurs, du chant du cour­lis cendré ou des slogans de mani­fes­ta­tions, cadrées sur les pieds, les visages ou les mains, les histoires de vies entrent en réso­nance et en contra­dic­tion avec les aspi­ra­tions et les colères du présent. Comment faire le pont entre les actes et les paroles, les indi­vi­dus et les foules, la nature et la nature humaine ? Arabat est avant tout une vision du collec­tif en mouve­ment, de l’entraide possible entre lieux, enra­ci­ne­ments, luttes, géné­ra­tions, corps et langages. Parce qu’il est l’heure de se bran­cher à la terre et à la fois de se relier aux autres, plus que jamais.

Notes de lecture

« Arabat sonne comme un jet de pierres, un entê­te­ment, un cri de rage, un poème de Mahmoud Darwich. […]
Par l’art, sortir du “temps carcé­ral” (Caro­line Crans­kens), creu­ser les bles­sures sans les lais­ser nous possé­der, aller au réel, poli­ti­que­ment, malgré le “prochain gazage de géné­ra­tion”.
Se battre pied à pied, vers à vers, et prendre le risque des coups de matraque : “Qui étions-​nous pour igno­rer à ce point la racine du monde ?”
Il faut parier sur la montagne et le bouillon­ne­ment du sang, contre les néons, contre le gel des désirs, contre la réduc­tion de l’espace. […]
Élodie Claeys écrit : “Des histoires sauvages poussent sur les talus.”
La voilà qui inter­roge les noms bretons (Coat Malguen), voit la bruyère sous la brume, avance dans la glaise, s’enracine sans s’accrocher.
Son texte est un abécé­daire – Fluides, figures, fron­tières, fer, feu ; Graine, galette, gravure, gavotte, granit, grenade ; Hori­zon, humain, harpe –, comme autant d’occasions de penser, de se dépla­cer, d’accompagner en mots la courbe des jours. […]
Ponc­tué par des images de mani­fes­ta­tions, à Brest, à la ZAD de Notre-​Dame-​des-​Landes, à Pont-​de-​Buis-​lès-​Quimerch, où l’usine Nobel Sport fabrique notam­ment des gaz lacry­mo­gènes, Prises de terre fait entendre les paroles d’habitants de “la zone magné­tique des monts d’Arrée”, luthier, paysan, néoru­raux, enfant, libraire, couple amou­reux, ne distin­guant pas entre petit point et grand contexte, travaillant dans la simpli­cité des jours à faire, selon la belle dicho­to­mie énon­cée par Patrick Chamoi­seau, du terri­toire un lieu, c’est-à-dire un espace à la fois dense et ouvert. »
Fabien Ribery, « Arabat, vivre ensemble, ne rien lâcher, par Élodie Claeys, Caro­line Crans­kens et Agnès Dubart », L’Intervalle, 19 mai 2019

« Des images proches et plus loin­taines, des lieux connus ou non, des mobi­li­sa­tions sociales et des construc­tions éman­ci­pa­trices. Des lieux et des rencontres, un souffle poétique, des personnes et des foules, des résis­tances et des fenêtres ouvertes vers des possibles plus chaleu­reux… »
Didier Epsz­tajn, « Vive éclo­sion des langues de révolte », Entre les lignes entre les mots, 8 juin 2019

« Le film Prises de terre dresse le portrait des habi­tants de ces lieux où “Les histoires de vie chavirent”, dans cette Bretagne rouge où Macron ne fait que 15% tandis que les 85 autres ne votent pas ou blanc. C’est une autre démo­cra­tie à l’œuvre dans son fonc­tion­ne­ment, réso­lu­ment ancrée dans la vie asso­cia­tive et où l’on fait encore appel aux tradi­tions sans que cela soit perçu comme une rengaine-​entrave à la liberté. Une spiri­tua­lité. Les uns après les autres, hommes et femmes livrent leur exis­tence sur ces terres expé­rience d’un monde avec humi­lité mais aussi opti­misme, convain­cus de n’être qu’à “l’adolescence de l’humanité”. Indé­pen­dant mais complé­men­taire, le film Au-​Delà de Nous réflé­chit aux impasses d’un système à bout de souffle. À travers la France, les deux auteures ont donné la voix à tous ceux qui reven­diquent “le fait d’être poli­tique et terrestre”, de Notre-​Dame-​des-​Landes aux ronds-​points des gilets jaunes ; toute une diver­sité que l’État tente d’“hygié­ni­ser, d’étiqueter” pour mieux la conte­nir et l’éteindre.
Dans ce travail litté­raire protéi­forme la poésie se veut donc enga­gée. Elle appelle au rassem­ble­ment du vivant et de ses forces. Elle tente de soli­da­ri­ser les parcours, les aspi­ra­tions et appelle au respect du milieu à l’épreuve de son époque. “Au rythme du vent, des clairs-​obscurs, du chant du cour­lis cendré ou des slogans de mani­fes­ta­tions, cadrées sur les pieds, les visages ou les mains, les histoires de vies entrent en réso­nance et en contra­dic­tion avec les aspi­ra­tions et les colères du présent.” La poésie pour éviter le repli, resti­tuer les êtres à eux-​mêmes mais aussi les relier les uns aux autres. Autre­fois à Lille, désor­mais à Lisbonne, c’est depuis la terre des monts d’Arrée qu’Élodie Claeys et Caro­line Crans­kens ont fait cette tran­si­tion poétique, cet Arabat pour lequel on ne manque pas de leur dire : Truga­rez !* »
* « Merci » en breton.
Benoit Colboc, « Même quand perce la douleur », Lundiou­mardi, 24 juin 2019

« “Où commencent, où s’arrêtent une vie, un lieu ? À soi, à sa maison, à sa famille, à sa ville ou à son village, à ses connais­sances, à sa région, à son pays, à son monde ou au monde, à l’univers, à l’infini ? Prenons un globe terrestre dans les mains, branchons-​le à la place du grille-​pain, étei­gnons la lumière. Faisons tour­billon­ner la sphère.”
Les monts d’Arrée sont évidem­ment peu visibles sur celle-​ci. Cela n’empêche pas leurs 192 000 hectares d’avoir une longue histoire. Ils appar­tiennent à l’ancien massif armo­ri­cain. Le relief est escarpé. On passe constam­ment de crêtes en ravins. Décor rude et bosselé. Des gens y vivent, y travaillent. Ce sont eux qui les accueillent dans leur maison ou dans leur ferme ou qu’elles croisent (au Café des brumes, Au Crépus­cule (pizze­ria) au Huel­goat, lors d’un fest-​noz à Saint-​Cadou ou dans un café-​librairie à Berrien. Tous ont besoin de s’exprimer. Il faut les écou­ter, les inter­ro­ger parfois. Ce sont encore eux (et elles) qui les aident à mieux comprendre le quoti­dien en ces terres rugueuses, à la mémoire ances­trale, où montagnes râpées, roches bran­lantes, chicots de schistes, marais et landes dessinent un paysage qui paraît hors du temps. »
Jacques Josse, Blog​spot​.com, 1er juillet 2019