Ajours

Auteure
Hélène Lanscotte
Poésie
58 pages, 12 x 15 cm
Parution : octobre 2017

Publié avec le soutien de la région Bretagne

Voir les premières pages

 13,00

ISBN : 978-2-917751-84-8 Catégorie :

Présentation

Le titre, Ajours, et son sous‐​titre, 43 ouver­tures pour commen­cer le jour, semblent faire réfé­rence au Livre des morts égyp­tien, ou Livre pour sortir au jour… 43 propo­si­tions pour une sorte de rite, de rituel, comme celui d’ouvrir la fenêtre chaque matin. La ques­tion est peut‐​être : sur quoi ?
Dès les premières lignes, le texte est placé sous le signe du charme, mais aussi du para­doxe : « seule­ment veiller à ne pas rompre le charme // mais le jeter loin devant avec la main le bras le reste ». Faut‐​il le rompre, ou le jeter ? Tout au long se succèdent les propo­si­tions ambi­guës, selon un dispo­si­tif à varia­tions sur le mode seulement/​pas seule­ment, encore/​mais/​mais encore, pas seulement/​mais/​encore/​encore… Mais chacun de ces adverbes ou conjonc­tion exprime‐​t‐​il la persis­tance, la réité­ra­tion de quelque chose, ou son attente ; le désir (l’injonction) que cette chose cesse, ou qu’elle advienne ? Est‐​ce suren­chère ou anti­no­mie ? « pas seule­ment la déso­la­tion des ajoncs la foule des arbres que l’on fend le paysage qui nous dévore la mare dans ses vagues // mais les pommes qui tombent n’importe où la beauté là par hasard […] la bles­sure bleue de l’herbe que l’on veine dans les champs // encore les ater­moie­ments ». Les phrases elles‐​mêmes inter­rogent, avec leurs images entre­cho­quées et leur absence de ponc­tua­tion : « le vase des admi­ra­tions à la renverse » ou « la période sangui­no­lente des fleurs »… Conju­ra­tion ou sorti­lège ?
« encore le même mot son contraire gravi­ta­tions de paren­tés ressem­blances débous­so­lées au fur et à mesure », « le mouvant des mots réunis » : une sorte de chant, oui, résonne à la lecture, entê­tant, envoû­tant, qui célèbre la liberté d’être dans une atten­tion aiguë à tout, à la seconde (l’éphémère), au trem­ble­ment de la lumière comme de l’être (« l’affolement des feuilles » / « le cœur trem­blé »), au déri­soire, au vaste comme à l’infime. Ouver­ture des persiennes, dessille­ment des yeux, ajours, donc, ces jours à l’intérieur d’un motif de brode­rie ou de dentelle… Hélène Lans­cotte le dit elle‐​même (site de la Mél) : « J’ai des images et le regard qui les épuise, à l’écart. Un regard d’affamée qui se contente de peu. J’attends la trouée, patiente. Je tente de saisir la fulgu­rance dans le suspens de ma panique. Une panique de désir qui fige, l’œil fasciné par la phrase. »

Notes de lecture

« [Ajours] Ou comme l’indique le sous‐​titre : 43 ouver­tures pour commen­cer le jour. Une écri­ture fine qui nous emmène ici et là, tourne et revient, ouvre des fenêtres ou bien les referme. “Pas seule­ment”, comme amorce à chaque poème, pas seule­ment et une écri­ture toute en para­doxe comme celui contenu dans les jours et ce qu’ils ont d’“affolement”, de “trem­blé” et de “lumière”. Hélène Lans­cotte travaille la langue, la syntaxe, et on se “laisse attra­per douce­ment” car c’est une langue qui “extrait les choses” et “pas seule­ment la macé­ra­tion en soi” car il faudrait “encore tenter le cœur” devant “l’urgence de la vision la vérité qui guette”. Dans la succes­sion de contra­dic­tions, Hélène Lans­cotte nous entraîne vers des asso­cia­tions assez inat­ten­dues, par exemple : “ses pensées sur les rampes d’escalier”. Sa voix est origi­nale et ryth­mée. Elle inter­roge sur l’écriture, le travail de la langue à inven­ter. »
Cécile Guivarch, « Hep ! Lectures fraîches ! », Terre à ciel, juillet 2018

« La struc­ture du poème et de la page étonne d’entrée, fondée autour de la bascule : “pas seule­ment… / mais encore”… avec parfois des rappels, des répliques : “seule­ment… / encore”… À partir de là, on a affaire à une palan­quée d’images plus étranges et belles les unes que les autres, d’autant plus étranges qu’elles n’ont pas forcé­ment de rapport entre elles dans le même ensemble, et d’autant plus belles qu’elles témoignent d’une force auto­nome, même dans leur proxi­mité. “Pas seule­ment la période sangui­no­lente des fleurs l’extravagance du pétale le piment aux paupières”… Il y a cepen­dant à mon sens deux pous­sées récur­rentes dans cette appo­si­tion d’éléments verbaux expo­sés. D’abord le titre l’affirme, et le sous‐​titre le confirme : «“43 ouver­tures pour commen­cer le jour” une propen­sion pour le matin et la lumière : “encore l’aube qui se pavane dans le batte­ment du jour”, vers qui renvoie à la cita­tion précé­dente. Mais l’on sent bien que cette incli­nai­son vers l’aube se veut plus déli­cate, plus réser­vée, moins directe et plus sensuelle : “seule­ment la chute silen­cieuse les crayons de la neige le très léger décalque sur les épaules en fris­sons de dentelle”. Ensuite on ne travaille pas le texte de cette manière sans avoir envie de l’aborder de front, voire d’ouvrir sa gaine pour en extir­per le suc “mais sentir la langue se mouvoir dans sa muscu­la­ture aller de mot en mot comme en bâtons de marche”… Il y a chez Hélène Lans­cotte une incroyable richesse d’expression, un imagi­naire fertile et tout un univers poétique, subtil, éton­nant et radieux. Ces deux cita­tions sur la même page pour finir : “pas seule­ment heur­ter des murs comme en soi‐​même […] encore se taire en cavité”. »
Jacmo (Jacques Morin), Texture, novembre 2018