Faire le mort et aboyer

Autrice
Nathalie B. Plon
Poésie
82 pages, 12 x 15 cm
Parution : mars 2021

Publié avec le soutien du Centre national du livre et de la région Bretagne

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 14,00

ISBN  978-2-490385-15-7 Catégorie 

Présentation

« L’enfance ça tient mal la route le cheval à bascule M. Culbuto tout chute ». Dans ce « récit » d’une enfance trom­pée, c’est avec « un jeu des sept familles » que Natha­lie B. Plon propose d’abord de jouer, avec les cartes de la mère, la fille (la narra­trice) et le(s) père(s). La mère ? « Maman a joué à la poupée vrillée désar­ti­cu­lée désha­billée doigts mâchouillés tête dévis­sée jambe retour­née […] Maman n’a jamais su jouer pour du faux ». Le père ? Il semble bien qu’il y ait plusieurs cartes… Le premier père, « rien d’un pôle pater­nel pas caresse pas baiser pas chan­son douce ». Un père « qui tresse à la bous­sole cachets matin midi soir ». Ce père aussi, absent et silen­cieux, « dans sa boîte » — mort ? ailleurs ? (« Ce père au balcon tout basculé par-​dessus bord un chaus­son est resté »). Et mon père, une image, un Pola­roïd ? Celui-​là est tout à la fois intime et rêvé : « Mon père dans le vent… », « il est beau mon père il est beau mon père… ». Et jalou­se­ment gardé vivant par la (petite) fille, bien malgré la mère. Le père, celui qu’on demande, celui qu’on pourra récla­mer « quand je serai grande », reste une carte impen­sable. Et quoi qu’il en soit, n’étant pas vrai­ment là, il laisse un face-​à-​face terri­fiant entre fille et mère, où domine plutôt l’impression d’un jeu des sept erreurs.
Alors il y a peu d’issues… « convo­quer les chry­san­thèmes (il y a pres­crip­tion) autour de la table et avaler avec la foi les miettes un passé mité […] inven­ter sa langue même morte pour avan­cer son pion » ou « mettre la cami­sole de force avan­cer dans le noir — un chan­tier inter­dit au public — ». Et la colère, soli­taire, et le « devoir » filial : « je à aboyer sous la lune pleine à craquer », « je mourir une autre fois je crier gare malgré je t’aime au museau — aimer maman — pleu­rer maman — ».
Ce « récit » fami­lial écrit dans une langue bous­cu­lée, crue et imagée tout à la fois, secoue les expres­sions toutes faites pour les réin­ven­ter ou leur donner tout leur sens, retrace para­doxa­le­ment quelque chose de la magie de l’enfance quand juste­ment celle-​ci ne l’est pas, enchan­tée. Les mots volent drus, les verbes souvent à l’infinitif figent les person­nages en objets d’un destin, ballot­tés par une histoire trop tour­men­tée pour eux, où il ne reste plus qu’à « Faire avec ça ».