La hure-​langue

Auteur
Roland Cornthwaite
Poésie
100 pages, 14 x 20 cm
Parution : octobre 2021

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 17,00

ISBN  978-2-490385-22-5 Catégorie 

Présentation

C’est du côté de la bête, du sauvage, des grogne­ments, du terrier, que Roland Corn­th­waite, par-​dessus son histoire fami­liale, se tourne, érigeant le sanglier en emblème de liberté, contre le cochon polissé, dressé, dépecé, vidé de sens.
Contre la domes­ti­ca­tion ou, en l’occurrence, un « dérè­gle­ment de fam’fille », étant né (« sang lié ») d’un père dont la langue étran­gère dut être tue, en « famille, la bonne, “la fran­çaise”, la famille mater­nelle » (« parle pas c’t’oiseau / pas not’langue »). Comment s’inscrire dans cette lignée assi­gnée unila­té­ra­le­ment, « avec elle, pour elle, contre elle », comment « oser // to lose her », la mère, comment vivre/​rompre avec le « corps fron­tière […] toutes racines de terre souf­frances / iden­tiques semblables / tous hommes de nuit / même nuit » ? Comment dire « colère sur colère sur colère », sinon « renâcle[r] bâcle[r] la langue », celle qu’on l’enjoint de parler ? Sinon se construire à part soi une hurlangue ? Et oser le « miroir du risque » (« inver­sion du su- / jet du tu / et sortir par un je »). C’est un corps-​à-​corps, dès lors, un bégaie­ment rugueux « doigt sur percu­teur stylo », où les jeux de mots déplacent sans arrêt la lecture d’un sens à un autre comme pour empoi­gner le lecteur, où l’humour a toute sa place également.
Car la colère ne saurait suffire, puisqu’il faut bien « sortir de cette ire tire­lire l’ire lyre », et inter­ro­ger ce gron­de­ment en soi, et hési­ter, le calmer, le reprendre… Face à la mort de la mère notam­ment (« vu la déesse nue / sans fard ») : que faire avec ça, autre­ment ? « Tu(e », séquence plus émou­vante, appa­raît ainsi comme une tran­si­tion, une pause. Elle s’ouvre sur le récit de la mort de la mère en un texte à elle adressé, posé, et le « tu » ne cessera dans les poèmes suivants de la séquence. « tue, c’est silence », et « tu as / avalé la nuit », c’est « le nu du temps ». Si « [ses] mains / pour pas d’au revoir », « peut-​être répa­rer / le lien de soi à soi […] peut-​être apai­ser / un penser va-et-vient » ?
Quand « soir de sanglier / rejoint l’enfant », ne faut-​il pas rentrer dans la comp­tine et la prendre pour ce qu’elle est, comme sont les contes, cruels ? Et « tête sortir miroir », accep­ter une fois pour toutes d’être, debout, « aux marges », titre de la dernière partie en guise d’épilogue : « aux marges / saccage (tu dis) / sa cage / ferme le mot ». Oui, dire pour « sort’ire », se débar­ras­ser de ce qui, toujours, a empêché.

Notes de lecture

« Le mot fuit court comme le sanglier emblème
À nous de le rattra­per de s’en emparer
De se prépa­rer chacun
À sa propre défense
Quand “à cœur ouvert”
Tout partira sans retour »
Olivier Bonhomme, Poèmes d’actualité, 20 novembre 2021

« En un temps où la langue fran­çaise recule sur tous les fronts ou presque, Roland Corn­th­waite, l’heureux homme, se plaint de son patro­nyme anglais. Il est vrai qu’il ne se prénomme pas Bill ou Jack mais Roland lourd d’Histoire, et que Corn­th­waite à son arti­cu­la­tion fait siffler le th, à l’encontre du chuin­te­ment fran­chouillard. Dont s’élève ce brillant, puits de culture sous ses dehors déje­tés, premier livre tardif, d’un poète de l’entre-deux langues né en 1954 à Annecy de père britan­nique et de mère française. […]
De ce long poème entendez-​vous l’anglais, l’accent absent, le fond d’accent, l’accent écrit, l’écrit du cri ? […]
Et soudain j’entends, je comprends, l’évidence me saute aux courtes gourdes esgourdes. Roland Corn­th­waite, tout en montagnes russes d’accents toniques, ne parle pas le fran­çais de Malherbe ni de Racine, non plus que celui de Baude­laire, mais anglais en fran­çais. Anglais, pas améri­cain. Fran­glais moins encore. Un bel anglais qui shake expire sur sa plèvre à vif.
En répa­ra­tion de tant de colère, en coda de sa page de remer­cie­ments il fait figu­rer père et mère. En recon­nais­sance du hasard heureux de sa nati­vité. Assu­mant consomptif. »
Chris­tophe Stolo­wi­cki, Sitau­dis, 6 décembre 2021

« Nous mettrons ce livre au contin­gent des tripa­touilleurs de langue, et c’est un premier, vrai­ment très abouti. L’auteur a proba­ble­ment bien travaillé avant. Inven­tion de mots : “rose-​cochonner”, “mamma­lia” utilisé comme en ritour­nelles. Un poète qui a de l’avenir dans la poésie sonore. »
Fran­çoise Favretto, L’intranquille, n° 22, avril-​septembre 2022