Paul les oiseaux (portrait)

Auteur
Erwann Rougé
Poésie
édition revue du livre publié
par Le dé bleu en 2005
66 pages, 12 x 20 cm
Parution : juin 2024

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 17,00

ISBN  978-2-490385-45-4 Catégorie 

Description

Paul les oiseaux est une édition revue du livre au titre éponyme publié aux éditions Le dé bleu, en 2005. De fait, Erwann Rougé l’a profon­dé­ment repris sans pour autant s’éloigner de son propos initial, ce pour­quoi le titre n’a pas été modi­fié — à un détail près, qui a son impor­tance : il est aujourd’hui sous-​titré portrait. Le texte est ici resserré d’une ving­taine de pages, il est désor­mais scandé en trois parties au lieu de quatre, non titrées ni numé­ro­tées, ne faisant plus entendre qu’une seule voix et centrées sur la seule figure de Paul. On a là un formi­dable travail de réécri­ture du poème, comme désossé, repris jusqu’à l’os : s’arrêtant sur chaque mot, chaque vers, les inter­ro­geant au plus près, les recom­po­sant l’un avec l’autre, les ajus­tant, les re-​densifiant, sachant pour­tant que la première édition était loin d’être « bavarde », Erwann Rougé ayant toujours été un poète à l’écriture extrê­me­ment concise, serrée, pour qui — il le redit ici — « les mots sont des vertèbres / des chairs des os » et qui s’interroge : « D’où vient que ça prend langue / au bord de pas dire jusqu’où ».
Paul est « demeuré » — il faut se souve­nir que demeu­rer est aussi conti­nuer d’être / avoir sa demeure, habi­ter —, ou « inadapté ». C’est un être de sensa­tions, un être-​oiseau (de l’oiseau, figure récur­rente de toute l’œuvre d’Erwann Rougé, les réfé­rences sont ici constantes) : il ne parle pas, mais « porte à la bouche l’écriture / des pattes d’oiseau » ou il « dit cela au vent », avec « le bout d’un doigt », ou parle « en arbre », « en pierre qui pleure », ou encore « à contre-​langue / le bruit des ailes à l’intérieur » — il « avale le terri­fiant », il « crie le dedans ». D’une infi­nie fragi­lité, il est d’une extrême douceur et déli­ca­tesse. Lui qui « ne sait pas le corps si grand » « ralen­tit les doigts » ou « se hisse sur la pointe des pieds / pour ne pas bles­ser où il marche ». Mais si « La main à plat touche terre / et les mots montent dedans », « tout pèse dans l’autre sens », « la place d’amour » est piéti­née et il va « le bec perdu d’avance », « ratu­rer la peur // racler le sable qui chante / un requiem d’eau ».
Alors, c’est peut-​être le poète, le poète-​corbeau, qui peut donner à cet « animal poésie » — « cet éphé­mère céleste » —, « une durée infi­nie », lui qui « sépare la chair de l’os » / « blan­chit l’os », juste­ment, c’est le poète peut-​être qui peut « tisse[r] l’épissure peut-​être poème » et lais­ser Paul « dormir là / où la parole se relève ».
On ne s’étonnera pas que le titre soit emprunté au Paul les Oiseaux, ou la Place de l’Amour d’Antonin Artaud, cité en exergue. De ce court texte de 1925, où on peut lire : « Paul les Oiseaux a une voix imper­cep­tible, une démarche d’insecte, une robe trop longue pour lui. […] Paolo Uccello repré­sente l’Esprit, non pas préci­sé­ment pur mais déta­ché », Artaud avait déclaré : « Je suis vrai­ment Paul les Oiseaux. » En sous-​titrant portrait ce nouveau Paul les oiseaux, Erwann Rougé se place ainsi dans le sillage d’Artaud en incar­nant un être-​oiseau, un poète-​corbeau.