Le nom d’un fou s’écrit partout

Autrice
Sandrine Bourguignon
Récit
136 pages, 14 x 20 cm
Parution : octobre 2021

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 17,00

ISBN  978-2-490385-23-2 Catégorie 

Présentation

C’est le corps-​à-​corps obstiné avec les mots et les images de Fernand Deli­gny (1913−1996), éduca­teur hors du commun, cinéaste, écri­vain et poète, qui est au cœur de cette biogra­phie roman­cée. Deli­gny s’est acharné à « creu­ser dans la langue » pour y « cher­cher l’interstice », à ramas­ser les « petits copeaux de langage » qui tombent parfois du silence des autistes ou autres adoles­cents jugés incu­rables par les insti­tu­tions — plutôt que leur apprendre à parler, apprendre à se taire soi-​même, les écou­ter, les regar­der. Et les dessins, les feuilles volantes, les images filmées, les gestes, les silences, beau­coup de silences, et puis les fameuses « lignes d’erre » qui retracent le trajet des enfants dans les aires de séjour qu’il a inven­tées pour eux dans les Cévennes. Car au-​delà, il est aussi et avant tout ques­tion d’interroger « l’homme-que-nous-sommes », et de créer ainsi de nouvelles façons d’être au monde.
Sandrine Bour­gui­gnon s’empare du sujet à bras-​le-​corps. C’est une adresse à Deli­gny, une longue lettre en quatre parties, une biogra­phie en miettes, et exhaus­tive. Qui épouse ses convic­tions au plus près, se faisant elle-​même « le scribe d’un langage qui n’existe pas », et peut-​être d’autant plus qu’elle s’autorise, ici, à imagi­ner, à inter­ve­nir quelques fois, mais sans jamais forcer les portes.
« Vous compa­rez l’écrivain à un alpi­niste qui s’encorderait au lecteur. […] Alors je tourne les pages une à une. / Et nous voilà désor­mais encordés. »

Notes de lecture

« Sandrine Bour­gui­gnon, dont Le nom d’un fou s’écrit partout est le troi­sième livre, s’immerge en apnée dans savie­so­nœuvre (indis­so­ciables) d’éducateur anti­psy­chiatre, d’éthologue du fin fond de l’humain, de poète – avec une passion, une prise au corps qui ne permet souvent pas de discer­ner ce qui est de son cru, ou de crudité tran­chant à flanc, celle de son héros-​limite. En une adresse à sa personne, sur un tempo tenu alter­nant para­graphes impla­cables et rejets en double rebond de balle déprise au bond, (“diplôme en poche, on vous octroie un poste de titu­laire dans la petite classe des enfants fous au milieu du cri des mouettes. / Ainsi vous repre­nez le cours de votre vie. / La seule qui sauve. Qui peut”, ou “Un non-​lieu. / Je crois qu’il n’y a que ça. / Dans votre vie. La mienne”), esqui­vant le poème verti­cal – “à bout d’âme, comme on dit”. Cela en respec­tant scru­pu­leu­se­ment le passage à la ligne avec blancs d’entrée, comme pour marquer que Deli­gny est son héros de roman. […]
Rejoindre le mutisme des égarés en abolis­sant le langage, tâche de poète – que rejoint, qu’ajointe Sandrine Bour­gui­gnon de sa poésie à l’estomac. »
Chris­tophe Stolo­wi­cki, Sitau­dis, 3 novembre 2021

« La biogra­phie très docu­men­tée que Sandrine Bour­gui­gnon consacre, avec rete­nue et discré­tion, à l’auteur de Graine de crapule, Adrien Lomme ou Les vaga­bonds effi­caces, est empreinte d’une empa­thie qui s’avère très commu­ni­ca­tive. Tout au long de sa vie, Fernand Deli­gny aura mis en pratique ses convic­tions, en prenant des chemins de traverse, en se battant, en résis­tant, en travaillant avec les enfants dont il savait qu’ils ne pouvaient pas guérir mais auxquels il voulait offrir une vie accep­table, sans violence, loin de l’asile. »
Jacques Josse, Remue​.net, 29 novembre 2021

« Sandrine Bour­gui­gnon est allée consul­ter les docu­ments qu’il a lais­sés, et notam­ment ses tenta­tives d’autobiographie, à l’IMEC (Insti­tut Mémoires de l’édition contem­po­raine). Elle s’y est encor­dée, puisque c’est ainsi que Fernand Deli­gny décri­vait le lien entre auteur et lecteur.
Et son écri­ture à elle, suivant un récit chro­no­lo­gique, tente d’être fidèle à sa vie à lui et à ses refus et à ses amitiés, écri­ture que la ponc­tua­tion rend clau­di­cante, comme si elle avait un caillou dans la chaus­sure, et dont les mots insistent pour être enten­dus : pantois, narquois, aubier, détri­ment, déblais, et tant d’autres. Ainsi elle nous encorde à notre tour. »
Marc Verha­ver­beke, Écrire ici aussi, 3 avril 2022

« Sandrine Bour­gui­gnon lui rend hommage par un exer­cice d’admiration en forme de lettre biogra­phique, une adresse à Deli­gny qui laisse voir ce que fut sa vie ; le lecteur n’a plus qu’à regar­der pour apprendre à connaître un person­nage en forme de contre­point à ce ving­tième siècle bureau­cra­tique, tech­nique et claus­tra­teur. Une aven­ture indi­vi­duelle, et non point égoïste, au service des égarés, des maltraités. […]
Modes­te­ment, les écri­vains sont à leur place quand ils ajoutent leur sensi­bi­lité à des aven­tures vécues qui nous aident à suppor­ter l’oppression et l’éternel gâchis de la civi­li­sa­tion. Écrire Le nom d’un fou s’écrit partout était nous en four­nir un bel exemple. »
Jean-​Claude Leroy, Poezi­bao, 4 avril 2022