Ma peau de fille

Autrice
Muriel Roche
Récit
24 pages (cahiers non massicotés), 10 x 15 cm
Parution : juin 2022

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 7,00

ISBN  978-2-490385-32-4 Catégorie 

Présentation

Ma peau de fille est une suite de Pola­roïds d’une enfance en province, dans ce qu’on imagine une petite ville, ou à la campagne. On est dans les années 70 – 80, comme l’indiquent quelques repères (la moby­lette, le walk­man, le mange-​disques et l’ardoise magique, la Renault 12) et les réfé­rences musi­cales. Le décor varie entre l’extérieur — champs, forêt, neige ou ruis­seau —, et l’intérieur — un garage où s’entreposent toutes sortes d’objets, une salle de classe, une cour d’école. On passe d’« un corps animal, ramassé sur chaque sensa­tion » à « des pensées extra­va­gantes [qui] sortent de [la] tête ».
Une enfant se « plie dans la boîte en carton d’une pano­plie de marquise » qu’on lui offre pour ses huit ans, « machine à fabri­quer les filles ». La mère est conduc­trice de car, évoluant dans un monde exclu­si­ve­ment mascu­lin, et lui offre, elle, les atti­rails du cowboy : « ma mère de mère en fille, si fière d’être de sa lignée ». Mais l’enfant tourne et tombe, s’égratigne, « même pas mal », quand la frêle danseuse dans sa bouteille enchaîne les rondes à tour de clé. C’est qu’il est si diffi­cile de garder une place pour le garçon qu’elle abrite depuis qu’elle est née, alors que la société en son entier l’assigne à son rôle de fille. Coupée en deux, les premiers maux des filles (soutien-​gorge = « rouge-​gorge en cage ») et les cram­pons aux chaus­sures ou les Doc Martens, blou­son et couteau en poche — quand il faut deve­nir femme, gonfler ses biceps devant la glace. Dans les jeux, les airs et les amours de garçon, faut-​il « traver­ser [son] corps pour aller voir de l’autre côté » ?
Muriel Roche dans ce court texte touche au plus près ce qui se passe dans la peau d’une enfant qui comprend qu’il y a « d’un côté la fille et de l’autre le garçon […], ce que je perds et ce qui s’éloigne ». Les phrases, vives et épurées, sans apprêt, sans majus­cule, quelques virgules et surtout des points d’interrogation — pas de point — s’enchaînent en inter­pel­lant le lecteur (« tu vois… ? » / « alors tu vois… ») et dessinent quelques tableaux qui donnent avec une grande justesse le tour­ment des senti­ments, des sensations.