Le chant de la femme d’argile

Auteure
Chloé Bressan
Poésie
64 pages, 12 x 15 cm, dos carré cousu collé
Parution : 15 novembre 2012

 13,00

ISBN : 978-2-917751-26-8 Catégorie :

Présentation

Comme l’écrit Chloé Bres­san, il s’agit, avec Le chant de la femme d’argile, de rassem­bler « les débris des luttes ». Ces luttes sont celles que la femme mène contre elle‐​même, ou plutôt contre ce que les « autres » voudraient qu’elle soit. Une lutte contre, et parfois avec, tout ce qui lui a été incul­qué, à travers les mythes ou des savoirs – une « gnose » – qui viennent d’« en haut » comme des « diktats », et qui sont d’autant plus impa­rables qu’on les situe comme une norma­lité – un « normal ».
Des débris donc : ce « chant », le « chemin faisant », est celui produit par la confron­ta­tion du pot de terre (d’argile) contre le pot de fer (ou plutôt de pierre) des tradi­tions : la femme serait‐​elle ainsi celle qu’on dit diablesse ou sorcière ou toute autre figure mythique de la tenta­tion (Mélu­sine, Vénus, ondines, « déesse mitée », « cornes bombées »…). D’ailleurs, toujours, ne la dit‐​on pas folle : « le boudoir mental accueille / les termi­no­lo­gies de filles hantant / les jeux des mythes » ?
Toute rencontre avec « les autres », « homme » ou « garçon » est, dans ces condi­tions, inte­nable, car ils sont simple­ment « impossible[s] à toucher », le « baiser » est « urti­cant », de l’ordre du « piège » posé là par des « trou­vères » cares­sant : « ta vérité de mendiant / l’omniscient bouf­fon / parle pour toi… » Et lorsqu’il y a un « rire d’amoureuse », il « fait explo­ser » – afin « d’éviter le pire ? », demande‐​t‐​elle : « Le geste de son bras dit la muraille // dit : la Terre d’extase », désor­mais inac­ces­sible.
Subsiste la femme‐​argile, « des lézardes le long de l’échine », qui impose le silence, « un sourire muet », « à son rêve », tout autant glaise que limon, vouée à être façon­née, fragile et vulné­rable malgré les appa­rences. Ne devient‐​elle pour­tant pas, cette femme‐​argile, « l’ouvreuse des canaux », moderne passeuse des enfers, retour­nant ainsi le mythe contre lui ? Car il y a comme une sourde révolte promise par les verbes d’action souvent placés à l’avant des phrases, des adjec­tifs qui prennent la force des noms, ou la syntaxe sans détour : « La femme d’argile porte au fond des reins / toute l’ambroisie / émer­gée […] Tombé de ses entrailles / le bruit en glaise », « crâne vide de l’argileux fémi­nin ». Et on peut espé­rer que tout cela ne se termine pas par une défaite puisque « son chant » « empor­tera tout », même s’il y a déjà une « fêlure dans sa voix », que demeure seule­ment « un son du corps » – cette bataille passant d’abord et avant tout par les corps.

Notes de lecture

« … une femme nous livre avec une exacte diction un poème des origines où l’argile se met à chan­ter. On est trans­porté vers des rivages d’avant Socrate, vers le berceau du Crois­sant fertile, vers les débuts de l’écriture, au proche du mythe, trans­porté dans le même temps vers la tragé­die antique ou vers la tradi­tion du Japon. Avec un ensemble parfait, se mêlent deux écri­tures (au moins), celle des mots de haute volée, écrits, mode­lés, qui se dévident, se délivrent non dilués, en stac­cato, et celle du corps délié… »
Ève Lerner (à propos d’une lecture‐​performance du Chant de la femme d’argile en mai 2012), Hopala !, septembre‐​novembre 2012

« femme essen­tielle qui revêt des figures nombreuses et dispa­rates, éprou­vant la présence de l’homme comme d’un danger, d’une atti­rance déci­sive, dans une ambiance élémen­taire, et même mythique, païenne, celle d’un orphisme du fémi­nin où les êtres appa­raissent dans un nimbe d’éternité, arché­ty­pés. […] Tout le recueil chante à la source. »
Sébas­tien Hoët, CCP – Cahier critique de poésie, n° 26, décembre 2013