Inventaire, un souffle

Auteur
Julien Simon
Poésie
52 pages, 12 x 15 cm
Parution : novembre 2016

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 11,00

ISBN : 978-2-917751-71-8 Catégorie :

Présentation

Les poèmes qui composent Inven­taire, un souffle sont des frag­ments dans l’ensemble du travail effec­tué par Julien Simon autour de l’histoire tragique d’une famille juive en Bretagne, les Perper (Ihil et Sonia, leurs trois enfants Rosine, Odette et Paul), origi­naires de Rouma­nie, établis à partir de 1935 à Bras­parts et à Plounéour-​Ménez, où ils sont arrê­tés par les gendarmes fran­çais en 1942, puis assas­si­nés dès leur arri­vée au camp de Sobi­bor en 1943. La pièce radio­pho­nique comme le film donnent le détail de cette patiente remon­tée dans la mémoire à travers le peu de docu­ments et de témoi­gnages conser­vés, l’installation en tant que méde­cin avant l’interdiction de prati­quer impo­sée aux Juifs par le gouver­ne­ment de Vichy, et la rapide mise à l’écart, l’ignominie, dans l’impuissance voire l’indifférence.
Le propos ici n’est pas de publier le résul­tat de cette formi­dable enquête, ample­ment retra­cée par ailleurs (c’est déjà un livre, Sur les traces perdues d’une famille juive en Bretagne, consa­cré aux Perper par Marie-​Noëlle Postic, publié en 2007, qui l’a enclen­chée). Julien Simon n’est pas histo­rien, c’est en poète qu’il entend rendre la profonde huma­nité de ces « person­nages » ; comme il l’a fait pour le soldat Le Pennec pendant les campagnes des armées de la Répu­blique à la fin du XVIIIe siècle, ou avec ces multiples « voix » de la guerre d’Algérie dans les deux précé­dents volets de sa trilo­gie mémo­rielle. La pièce comme le film sont loin d’être seule­ment docu­men­taires, entre­cou­pés de chants, de passages fiction­nels, de témoi­gnages dont on ne sait plus au final s’ils ont réel­le­ment existé. Là n’est pas la ques­tion.
Car la poésie est sans doute la seule à pouvoir user des mots hors du langage commun et, partant, à dire l’indicible… Julien Simon a donc fait œuvre fiction­nelle, mais ô combien plus réelle au bout du compte, et peu importe que tel mot, telle phrase n’aient pas été pronon­cés, que telle pensée ne soit pas attes­tée : c’est un chant qui monte et nous permet d’entendre, de toucher véri­ta­ble­ment à la ténuité d’une vie – et sa richesse, et son prix.
Certains de ces poèmes, deux ou trois, ont été inclus dans les autres formes du projet. Ici, ils s’imposent en eux-​mêmes, petites formes boule­ver­santes dans leur appa­rente simpli­cité, dans la scan­sion d’une voix, d’une langue inté­rieure, celle du poète. Elle est ténue cette voix, comme juste dans l’air, elle hésite, elle est d’une grande fragi­lité, et rude aussi dans sa pudeur. « Dans la nuit, presque la même nuit. / ELLE, Sonia : / La petite lumière, tu t’en souviens ? / Loin des fumées, cendres, voix restées à quai. / À la lueur de la bougie allu­mée : démons, danses, notes. / Et parmi les genêts en fleurs, baisers cousus dans les bouches remplies de tourbe. / Cœurs gonflés de sang. »

Notes de lecture

« Julien Simon, déjà à l’origine d’un long travail d’historien autour d’une famille juive origi­naire de Rouma­nie qui s’établit en Bretagne à partir de 1935, les Perper, assas­si­nés en 1943 au camp de Sobi­bor, propose de revi­si­ter ce parcours/​itinéraire à travers l’intensité du langage poétique pour ouvrir les fenêtres, au-​delà des certi­tudes intrin­sèques à la note de bas de page et pour lais­ser place à cette autre “Peur de fran­chir à nouveau, des seuils et les passages, de retrou­ver pas à pas les fatigues et les regards, de marcher avec le silence. Il n’y a plus de jardin, les lieux s’agitent, les figures dispa­raissent”. »
Benoît Colboc, « La poésie en train de se faire », Lundiou­mardi, 19 décembre 2016

« Julien Simon a inter­rogé ceux qui ont connu la famille Perper : revivent le méde­cin si dévoué à ses malades, sa femme musi­cienne qui parta­geait ses recettes avec les femmes du bourg et ses petites filles, si gracieuses. Il a voulu prolon­ger ces frag­ments de mémoire par des textes courts, légers, comme des traces sur le sable. Il explique qu’il a écrit ces courts textes en pensant que “seul le langage poétique pouvait racon­ter l’absence” tandis qu’il écri­vait sa pièce de théâtre. »
Fran­çoise Morvan, Bretagne / Île de France, n° 199, février 2017

« Julien Simon rend dans son livre Inven­taire, un souffle, hommage à la famille juive Perper, origi­naire de Rouma­nie, instal­lée dans les monts d’Arrée au milieu des années 30, arrê­tée par les gendarmes fran­çais en 1942 et assas­si­née dès son arri­vée au camp de Sobi­bor en 1943. Sa prose poétique déchi­rée et déchi­rante n’est que splen­deur. »
Alain – Gabriel Monot, « Le Pêle‑Mêle », Hopala !, n° 53, 1er trimestre 2017

« Avec Inven­taire, un souffle, Julien Simon pour­suit l’enquête mémo­rielle menée plusieurs années durant sur les traces d’une famille juive, les Perper, de leur départ d’Odessa en 1932, leur vie en Bretagne, jusqu’à l’application des lois de Vichy qui empê­chèrent Ihil, le père, d’exercer la méde­cine, puis l’issue tragique : Drancy et, à Sobi­bor, la mort. Julien Simon récolte des frag­ments de son travail, dont certains ne trou­vèrent place dans ses œuvres précédentes1. Il dresse l’inventaire de ces reli­quats – quelques dates, faits, gestes, paroles, bribes de récits, souve­nirs épars, ainsi qu’une liste d’objets imagi­naire –, mêlant inex­tri­ca­ble­ment ce qui relève de l’Histoire, du témoi­gnage ou de la preuve maté­rielle à la fiction, pour qu’à la faveur de la “force spec­trale des lettres2”, demeure quelque chose de l’humanité de ceux-​là qui furent.
Les Perper sont chacun nommés et dési­gnés par la troi­sième personne, “IL”, “ELLE”, “ILS, Sonia, Ihil, Rosine” – comme en écho à Celan : “sans Je et sans Tu, rien qu’Il3”. Mouve­ment d’adresse à l’autre, “tour­nant du souffle4”, le poème redonne la parole au sujet ; inter­ro­geant ces exis­tences, il allume “la lumière de [leur] alpha­bet disparu5”. »
1. À partir du maté­riau qui a servi à l’écriture du présent volume, Julien Simon a monté une pièce de théâtre docu­men­taire, La Vie comme la vie (avec Marie Dault, 2011), écrit une pièce radio­pho­nique pour la RTBF, La Vie comme la vie (2013) et réalisé un film docu­men­taire, Ils sont partis comme ça (avec Cathe­rine Bern­stein, 2014).
2. Nelly Sachs, Partage-​toi, nuit, Verdier, 2005, p. 134.
3. Paul Celan, Entre­tien dans la montagne, Verdier, 2001, p. 15.
4. Paul Celan, Le Méri­dien, dans Le Méri­dien et autres proses, Le Seuil, 2002, p. 44.
5. Nelly Sachs, Exode et méta­mor­phose, Verdier, 2002, p. 117.
Mathilde Azzo­pardi, CCP – Cahier critique de poésie, # 34 – 3, 14 septembre 2017

« Dans Inven­taire, un souffle, […] c’est par le poème que Julien Simon revi­site les lieux d’avant la fin tragique de cette famille juive en remon­tant les chemins de l’exil jusqu’à la veille de l’anéantissement programmé. En imagi­nant la liste d’objets et acces­soires aban­don­nés en 1942, dernières traces de vie dans la maison vidée de ses occu­pants, l’auteur, sans pathos, trans­met une émotion conte­nue. Le souve­nir des années noires de cette famille traquée, fuyant partout la haine anti­sé­mite, croise en 2008 – 2009 le présent du travail de mémoire de Julien Simon. Les noms de lieux (d’Odessa à Marseille, de Nancy à Bras­parts, de Drancy à Sobi­bor) et les dates sont les repères histo­riques et géogra­phiques de cette écri­ture sensible contre l’oubli. »
Michel Ména­ché, Coup de soleil, n° 101, octobre 2017