Aïeule sauvage

Autrice
Fleur Cormier
Récit
78 pages, 12 x 15 cm
Parution : novembre 2022

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 14,00

ISBN  978-2-490385-33-1 Catégories : ,

Présentation

Aïeule sauvage est la confron­ta­tion déca­pante entre une vieille femme de 92 ans, Marcelle, en maison de retraite, et une femme d’une quaran­taine d’années, Anne-​Rock, employée à mi-​temps dans cette maison ainsi qu’à l’hôpital. Elles inter­viennent tour à tour, le plus souvent dans un dialogue inté­rieur— le reste du temps ce sont des bribes de conver­sa­tion qui sont rele­vées, qui disent le quoti­dien des patients et des soignants dans ces insti­tu­tions. Chacune vit dans son monde tout en obser­vant l’autre. Par ce jeu de passe­relles et d’échos, chacune dit « son » matin, ou ses souve­nirs, se répon­dant inté­rieu­re­ment, et une réalité se reconstitue.
Elles sont aussi déca­lées l’une que l’autre, aussi lucides et rebelles. Marcelle n’a pas perdu toute sa tête et, malgré ses crises para­noïaques, se sait dans le lot de tous ces « tubards », « crevards » ou « pisseurs », « tous trop moches… on fait tous peur » (« Je n’ai pas un jour parfait, mais de bonnes heures ») — ou, dans les mots d’Anne-Rock : « Marcelle ne ressemble à rien là-​dedans. On dirait que son corps a décidé de fuir. » « Marcelle c’est presque moi dans cent ans. En plus coriace, la mémé. » Quant à Anne-​Rock, elle squatte ici et là, chante dans un groupe de rock, accu­mule les hommes, amants sensibles ou sombres, arpente la ville et fait des photos de tous ses « éléments grouillants », se lève le matin au milieu des voies de chemin de fer pour suivre ensuite, le matin à l’hôpital, les lignes de couleur dessi­nées au sol qui dési­gnent les diffé­rents services. « Je ne prends pas part à moi-​même […] livre à qui veut les parts de moi désunie. […] Servez-​vous, rien ne me touche », ou encore : « J’attends la suite des événe­ments » — Marcelle : « un drôle d’engin cette brune-​là », « telle­ment belle ». Paral­lè­le­ment à leur descrip­tion croi­sée, sans fard, des lieux et des êtres qui les habitent, qui font si peur (« Ce serait drôle si ce n’était pas pas drôle »), se dessine ainsi leur rencontre inat­ten­due, la rencontre entre la jeunesse et la vieillesse, entre un corps plein et dési­rable et un autre effon­dré, dans le tutoie­ment de la mort de part et d’autre.
Derrière la folle liberté qui se dégage de ces deux portraits, c’est « ce grand rien des jours » que Fleur Cormier livre à petites touches d’humour féroce, mais avec beau­coup de tendresse et d’humanité, qui sont peut-​être le vrai gage d’évasion offert à ces deux femmes.