Else avec elle

Auteure
Lou Raoul
Recueil / prose poétique
96 pages, 12 x 15 cm, dos carré cousu collé
Parution : juin 2012
Prix PoésYvelines 2013

Publié avec le soutien du Centre national du livre

 14,00

ISBN : 978-2-917751-22-0 Catégorie :

Présentation

Else avec elle rassemble trois « récits », ou « petites formes poétiques », Prai­rie jaune tanai­sie, Quand elle et Jade jardin, la jachère. Si la poésie de Lou Raoul est impré­gnée de la culture bretonne, c’est sans folk­lo­risme aucun qu’elle porte au présent cet héri­tage, dont la langue n’est pas la moindre des carac­té­ris­tiques. Le breton se distingue notam­ment par une syntaxe très parti­cu­lière, qui vient para­si­ter natu­rel­le­ment sa langue à elle, dépla­çant, bous­cu­lant légè­re­ment l’ordre attendu des mots, jouant par moments aussi des sono­ri­tés du breton lui-​même, sans jamais alté­rer le cours de la phrase (au contraire, parti­ci­pant de sa musique).
Mais plus large­ment, et sans jamais reven­di­quer un quel­conque régio­na­lisme, Lou Raoul inscrit dans l’aujourd’hui ce terreau fort, cet imagi­naire, cette vision poétique du monde où, témoi­gnant encore d’un lien privi­lé­gié de l’homme avec les éléments et la nature, vivants et morts se côtoient, passé et présent s’entremêlent : « Juste que tournent les robi­nets d’eau vive qui écla­bousse et mousse avec le passé le présent tout mélan­gés. »
Un person­nage récur­rent, Else, donne une certaine unité aux diffé­rents opus­cules que tisse Lou Raoul, et si l’auteur y met sans doute un peu d’elle-même, elle sait garder vis-​à-​vis du texte une distance salu­taire. « Ici main­te­nant où tu passes et près de tout le reste un peu de temps, tu te croises, Else, / dans les yeux des absents », « et si c’est dans cette langue que je me remets à parler je te demande pelec’h out où es-​tu ». Lou Raoul convoque d’ailleurs La Jetée de Chris Marker à la fin de son récit Quand elle : « Rien ne distingue les souve­nirs des autres moments : ce n’est que plus tard qu’ils se font recon­naître, à leurs cica­trices. »
Il est beau­coup de cica­trices dans les mots de Lou Raoul, beau­coup d’êtres chers « en-​allés » qu’elle fait revivre « à ces moments-​là / de mi-​saison », comme cette femme assise « Qui attend ou qui attend rien […]. Une femme vivante [qui] s’aperçoit qu’elle ressemble à la morte, […] main­te­nant elle voit dans ses yeux à elle les yeux vivants de la femme morte quand elle est vivante, quand elle avec elle ».

Notes de lecture

« La façon d’écrire de Lou Raoul, tour à tour allu­sive, ellip­tique, précise et tran­chante, lui permet de traver­ser, outre les fron­tières, ce miroir si prompt à lui renvoyer un double qui ne demande qu’à vivre plei­ne­ment. Cette écri­ture est portée par une langue qui sait ce qu’elle doit à l’oralité. »
Jacques Josse, Remue​.net, 22 juillet 2012

« Ne pas se retour­ner certes, mais ne pas oublier pour autant et chan­ter ceux qui ne sont plus. Car c’est bien dans la langue qu’est l’enjeu de la remé­mo­ra­tion. L’ouvrage remé­more (remet mort dirait le psycha­na­lyste) par le chant le retour au monde du ou des disparu(e)s. »
Chris­tian Vogels, N4728, janvier 2013

« Lou Raoul, allu­sive – alors “le passé le présent tout mélan­gés” – ou précise, ne laisse pas le fran­çais en repos, non pour trans­crire l’oral mais refu­sant quand néces­saire la syntaxe scolaire pour dire “la bouche en rires la bouche en ruines”. »
Tris­tan Hordé, CCP – Cahier critique de poésie, n° 26, décembre 2013