Proférations

Auteur
Jacques Roman
128 pages, 12 x 15 cm
Parution : novembre 2015

Publié avec le soutien de la région Bretagne

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 16,00

ISBN : 978-2-917751-59-6 Catégorie :

Présentation

Ce livre réunit pour la première fois toutes les « profé­ra­tions » écrites à ce jour par Jacques Roman. Sous le terme de « profé­ra­tions », l’auteur désigne des textes desti­nés à la lecture à haute voix, lectures qu’il profère « en faucheur » : « Mon corps en appa­rence immo­bile est en marche et, tenue à bout de bras, une faux invi­sible. Je fauche la ligne de carac­tères. Je vais à la ligne comme le faucheur se retourne, se retour­nait, au bout du champ. » Il faut voir Jacques Roman « profé­rer » sur scène, tout le corps contenu dans une colère vibrante, battant le sol du pied à mesure que se déverse sur le spec­ta­teur le flot de mots dit d’un souffle — certains ont eu cette chance au festi­val Midi­Mi­nuit­Poé­sie de Nantes en 2013.
Mais ces « parti­tions à poumon­ner » habi­tées de colère, d’une force de vie farouche, et tout aussi bien d’un humour caus­tique, rava­geur — parce que « la fameuse irri­ta­bi­lité poétique n’a pas de rapport avec le tempé­ra­ment […] mais avec une clair­voyance plus qu’ordinaire rela­tive au faux et à l’injuste », pour reprendre les mots d’Edgar Poe à la suite de l’auteur — ces profé­ra­tions sont avant tout des poèmes en prose, blocs d’énergie, qu’il nous parais­sait impor­tant de relier par‐​delà les dates d’écriture, et de ce fait montrer à quel point ils ont un statut très parti­cu­lier dans l’œuvre de Jacques Roman, qui y revient depuis envi­ron vingt‐​cinq ans.
Ainsi sont rassem­blés ici treize textes, certains déjà publiés dans les années 1990 mais pour la plupart inédits, certains tout juste écrits. De la colère, donc, quant à l’état du monde, la condi­tion humaine : devant toute forme d’injustice (l’étranger, l’enfant maltraité, le fou ou tout simple­ment l’écarté, l’« échoué » de la société), devant toute forme d’instrumentation de la pensée. Où la phrase est rythme et reprise, souffle : la plupart du temps sans ponc­tua­tion aucune, « bribes, se dérou­lant, roulant les unes sur les autres, se frot­tant, empié­tant, cognant, oscil­lant, piéti­nant, faisant marche arrière ou avant, se téles­co­pant, s’enracinant, dépla­çant, déto­nant… ».

Notes de lecture

« Le poète se redresse et parle, il renou­velle ce geste de résis­tance et de vie. Au début fut fait homme, un “soc”, conqué­rant, un soc d’os, arme tran­chante. La parole (poétique) : de cet ordre. […]
Place à la parole ances­trale, phylo­gé­nique et nue‐​ponctuée, profé­rée, redite si son élan le requiert. Elle sera : prophé­tie nour­rie d’origine, claire et sonnante. Le poète écrit à haute voix, parfois à voix‐​cri. Le mot “voix” autour du feu danse, ou sur la phrase se jette, juxta­posé. […]
Ni ne se calme ni ne se modère, Jacques Roman. »
Isabelle Lévesque, Terre de femmes, février 2016

« Avec ses mots portés par la colère, la poésie de Jacques Roman (né en 1948) semble échap­per au réper­toire habi­tuel. Et pour­tant… D’abord desti­nés à la scène, ses coups de gueule attisent le souffle noir d’une voix au lyrisme étran­glé. »
Didier Cahen, « Trans/​poésie », Le Monde des livres, 18 mars 2016

« On peut voir dans son dernier livre, Profé­ra­tions, l’aboutissement de son œuvre. Écrits sur 25 ans, ces textes percu­tants sont réunis dans un recueil par les éditions isabelle sauvage. Il faut voir et entendre le poète les lire. Le corps se met en mouve­ment comme s’il avan­çait. Une jambe bat la mesure, on dirait une bielle propul­sant une loco­mo­tive à vapeur. La voix est grave, les “r” roulent et écorchent, le texte file à vive allure, sans ponc­tua­tion. Le poète, sans pitié, tranche et découpe le silence. C’est si dense que cela vous laisse coi. […]
Contre quoi se rebelle votre poésie ?
Contre une étrange fiction, à laquelle on essaie de nous faire croire. Je pense à cette façon que l’on a de nous racon­ter la vie, de nous assé­ner ce que doit être un homme, ce que doit être une femme, le couple ou la sexua­lité… Cette tendance à tout expli­quer en allant piocher dans le cata­logue des idées reçues. Dans les Profé­ra­tions, j’enlève toutes ces idées reçues. Je le fais par l’écriture, en accou­plant des termes qui, en prin­cipe, ne sont pas accou­plés. L’écriture poétique est un travail salu­taire. Elle crée des glis­se­ments dans la langue, un choc. »
Julien Burri, « Jacques Roman, la pensée émotion », Le Temps, 14 mai 2016 (note de lecture suivie d’un entre­tien avec Jacques Roman)

« Comme un ébou­lis de blocs d’énergie
Profé­ra­tions, ce sont treize textes, soit une parole portée, jetée à l’avant du monde, parole qui s’aiguise aux dents, à leurs pointes, avant de fran­chir les lèvres pour deve­nir voix avec son ton, ses accents, ses silences, son rythme. Voix, ce roulis de mots dans la pente quand c’est la colère qui emporte, qui met “le faucheur” — image du poète pour Jacques Roman quand il “va à la ligne comme le faucheur se retourne, se retour­nait, en bout de champ” — en mouve­ment, lequel cherche à dire ce qui est en ques­tion dans le monde comme il va mal.
Jacques Roman a porté ces blocs de prose, corps en avant, il les a profé­rés sur scène à corps battant dans les vibra­tions d’une colère d’autant plus forte que rete­nue. Ce sont ces saetas que nous donnent à lire les éditions isabelle sauvage dans leur belle collec­tion “présent (im)parfait”. Treize flèches tirées contre la langue telle qu’elle se parle mal, contre “la sensure”, cette priva­tion de sens par abon­dance d’informations et de spec­tacle. »
Alain Freixe, L’Humanité, 9 juin 2016

« Jacques Roman est de ces poètes rares dont chaque livre est un événe­ment. Celui‐​ci est boule­ver­sant dès son ouver­ture dans sa façon de ne jamais démê­ler le corps de l’écriture, le geste de faucher de celui d’écrire. En prétexte de “Charade”, dernière partie de ce livre élégant, on trouve cette cita­tion du poète italien Eduardo Galeano, “Pour­quoi écrit‐​on, sinon pour rassem­bler ses morceaux.” Rien de plus évident et pour­tant c’est en remet­tant sur le métier qu’on peut – juste – espé­rer appro­cher de cette évidence. Si, d’hasard on oublie que Jacques Roman est aussi comé­dien, d’emblée, la subtile scan­sion des lignes le rappel­lera à quiconque a un peu d’œil donc d’oreille. Je suppose que Jacques Roman les a dit sur la minus­cule scène de son Espace Éclair lausan­nois, je suppose qu’ils ont pris voix & corps du poète en chair et en os. Ici encre & papier – en s’aidant de la voix si possible, ce livre n’incite pas à rester coi – font néan­moins réson­ner les mots comme boulets de char­bons déva­lant le soupi­rail, comme osse­ments jetés à la fosse, comme marrons écla­tant sur le toit, c’est dire si ça claque, ça craque, ça excite les sens et l’envie de pour­suivre la ligne jusqu’à la tirer à soi pour n’en faire qu’une, sans fin. C’est la première beauté de ce livre. Ensuite, ce que – ce qui – lance la voix, ici, heurte & bous­cule, est sans conces­sion ni repen­tir mais avec une atten­tion de chaque instant pour dans ses aspi­ra­tions / expi­ra­tions ne pas lais­ser entrer “le souffle de la mort” mais, tout de même, “pour se fami­lia­ri­ser avec la mort” dans les pas de Sade, de Bataille & de Bernard Noël, avant la grande culbute au bout, tout au bout du champ. »
Claude Cham­bard, CCP – Cahier critique de poésie, # 33 – 4, 28 février 2017