Prolégomènes à toute poésie

Auteur
Stéphane Crémer
Fragments
64 pages, 12 x 15 cm, dos carré cousu collé
Parution : octobre 2008

Publié avec le soutien de la région Bretagne

 12,50

ISBN : 978-2-917751-01-5 Catégorie :

Présentation

Allu­sion aux Prolé­go­mènes à toute méta­phy­sique future qui pourra se présen­ter comme science (1783) d’Emmanuel Kant, le titre de ce recueil de 54 apho­rismes et 5 « apar­tés », s’il fait l’économie du futur ne fait pas celui de la science : enten­due comme art, non pas tant art poétique qu’art de vivre. Aussi, pour para­phra­ser d’encore plus près Kant, aurait-​on pu titrer Prolé­go­mènes à toute poésie qui pourra se présen­ter comme art de vivre.
Mais pour­quoi cette dispa­ri­tion du futur ? Peut-​être cet apho­risme l’éclaire-t-il un peu : « Le présent étant infini, le temps ne s’y voit pas passer ; mais nous aurons tout vécu et ce futur nous est donné puisqu’il est acquis que nous y sommes infi­ni­ment enga­gés. »
Ce qui en tout cas justi­fie­rait qu’on se soit arrêté à Prolé­go­mènes à toute poésie, pour n’avoir pas non plus à utili­ser le futur conju­gué dans pourra se présen­ter.
Il ne s’agit donc pas d’un « art de vivre » qui prélu­de­rait à la poésie. Nul besoin de d’abord « savoir vivre » pour pouvoir ensuite prétendre à la poésie. Ces Prolé­go­mènes ne sont pas des condi­tions préa­lables. D’où le « toute » de toute poésie : de partout et de tous les temps, ici et main­te­nant toujours, à chaque fois, à chaque poème et en même temps.
« Les idées sont “dans l’air” ; l’air est plein d’idées. Mais la poésie, qui est l’air même, y appelle le vide en plus. »
« Profi­ter de n’être rien pour dire tout en plein silence. »

Notes de lecture

« Poétique de l’être humain
“Tandis qu’aux invi­sibles il faudrait un œil qui les regarde depuis sa clôture et les aime en dedans.”
Cet apho­risme poétique se veut une mesure obscure et déli­cate dans la parti­tion lumi­neuse des Prolé­go­mènes à toute poésie de Stéphane Crémer. Qu’y‑a-t-il avant la poésie ? Quels sont les axiomes qui régissent son écri­ture ? Ce sont ces ques­tions auquel ce long poème musi­cal composé d’aphorismes semble vouloir répondre.
[…] Ce livre sonore est d’une magni­fique facture : du langage ciselé à la compo­si­tion rigou­reuse. Le poète y est un Robin­son dont l’île est la langue et les pierres les mots. S’y bâtit une ode à la créa­tion, à l’inutilité et à la vita­lité de l’acte poétique, en parti­cu­lier dans les apar­tés qui ponc­tuent le poème.
[…] Se détache de cette quête poétique, une quête plus univer­selle encore : celle de l’homme et des chemins qu’ils empruntent pour la mener à bien. Comme devise à ce chemi­ne­ment méta­phy­sique partagé par tout être humain, murmure la voix du poète :
“Igno­rer où on va mais choi­sir d’y aller.” »
Morgan Cariou, Apho­ris­mundi, 23 novembre 2015