Ruine balance

Auteure
Laurine Rousselet
Poésie
118 pages, 14 x 20 cm
Parution : avril 2019

Publié avec le soutien du Centre national du livre et de la région Bretagne

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 17,00

ISBN : 978-2-917751-99-2 Catégorie :

Présentation

Ruine balance reprend le flot du Jour­nal de l’attente et de Nuit témoin, fait corps avec eux, consti­tuant ainsi le troi­sième volet d’un trip­tyque, se déployant comme le livre de la « renais­sance », de la traver­sée, du passage, après la perte et l’effondrement : « tout l’été enter­rer nuit témoin ».
Et si « le désastre n’est jamais scellé », l’obscur, la ruine toujours là, en flux et reflux, en remous, « capable le désir attaque / au cinquième coup du matin / dans le corps l’abondance s’obstine / recon­naître à la vue l’avidité ». Ruine balance, alors, c’est aussi jeter le passé par‐​dessus bord, un déles­tage. C’est vouloir s’ouvrir au jour, à l’été, la chaleur, l’ailleurs, et toujours et encore au désir, à la jouis­sance, en « rythme et forces d’aller », en « travail sur l’impact d’un verre qui se brise ». Ici on quitte la chambre de la nuit pour le dehors, pour un Sud qui comprend Brésil, Portu­gal, Mexique, Espagne (mais aussi une multi­tude de lieux d’ici et là, Toulouse, Paris ou Brest), là où « la langue nomade enva­hit », mots et noms étran­gers qui affluent alors tout au long du poème « y segunda lengua ».
Comme l’a si bien relevé Laurent Albar­ra­cin à propos de Nuit témoin, l’écriture de Laurine Rous­se­let est « une écri­ture du désir, du corps amou­reux, livrée au passion­nel et au pulsion­nel, à l’éperdu et à l’organique, et en même temps une écri­ture de l’effort, de la volonté, du travail, de la maîtrise de soi ». Ici plus que jamais chez Laurine Rous­se­let, « crire résiste et inves­tit l’espace », « ruine balance répond à l’échappée » et « parcourt l’immensité du mour ». Crire et mour, deux néolo­gismes propres à l’auteure, crire qui est crier et écrire, mour qui est amour et mourir, qui pour­raient expri­mer à eux seuls, comme tensions contraires, l’intensité fiévreuse de son écri­ture, son aspect épique et sauvage, ardent, exalté et sexuel, où « le corps quadrille la scène », « le sexe partout s’expose ». De manière percu­tante toujours, avec des vers à la syntaxe élémen­taire d’une très grande acuité senso­rielle et char­nelle, qui halètent et jaillissent sur la page.
Encore une fois, Ruine balance montre comme chez Laurine Rous­se­let crire est « s’enfoncer dans le vivre », « conti­nuer d’éclairer [malgré le « claque­ment des ans », « l’heure inté­rieure » qui émaillent le poème] / de page en page / avec perte soli­tude et fran­chis­se­ment », ce « flot incom­men­su­rable / au‐​dessus de la perte / le torrent entre bleu et pourpre ».