Terre sienne

Auteur
Yves di Manno
Poésie
72 pages, 120 x 150 mm, dos carré cousu collé
Parution : 15 novembre 2012

Publié avec le soutien du Centre national du livre

 14,00

ISBN : 978-2-917751-25-1 Catégorie :

Présentation

Terre sienne est, Yves di Manno le dit lui‐​même, le livre du retour à la poésie de son auteur, qui a plutôt consa­cré ces dernières années à la traduc­tion ou à des ouvrages de réflexion.
Pour point de départ, l’invitation par l’artiste Mathias Perez à écrire sur ses pein­tures, dans l’idée d’en faire un livre peint, à très peu d’exemplaires. Yves di Manno s’est prêté à ce jeu d’« illus­tra­tion » (de façon singu­lière, les mots ici illus­trant la pein­ture), de la contem­pla­tion, « inten­sé­ment ». Pour comprendre que de cette « coulée d’encre » le poème s’était imposé de lui‐​même, et n’avait plus néces­sai­re­ment besoin du châs­sis qui l’avait fait naître : il se tient seul sur la page, contenu dans son « drap // double­ment // déplié », et déroule son intime chemi­ne­ment : « ces nuits, ces voix // ces plaies plus que ces plaintes / sillon­nant à leur tour // le pré comme une page // l’encre comme / un présage // ces vers comme du sang ».
Or « celui qui ne traverse pas / la page reste // au bord / du sentier recou­vert // par l’eau / noire qui déborde // du torrent ». La page est ce paysage toujours et encore traversé par Yves di Manno – champ, pré – tourné vers le bord, la lisière, un hori­zon para­doxal, hési­tant sans cesse entre les plis, hori­zon­taux et verti­caux, d’une terre au corps fouillé, à la chair enta­mée. Car le rapport est sombre, indé­cis mais prégnant entre la terre et le corps, égale­ment « couchés », « tran­chés », « muti­lés », au lit, aux draps parta­gés : « entailles vertes // saigne­ments », « incise verti­cale » / « chair enta­mée ». Des tons de terre, terre sienne donc, vert, noir, impré­gnée d’humus / d’humeurs, cernée par l’« oura­gan / des herbes folles // arra­chées aux / abords du pré ».
Un paysage dessiné en peintre, mais avec les armes de l’assonance, de l’homophonie voire de la rime, travaillant la langue comme une matière char­nelle, orga­nique. Un paysage fait de « lettres coutu­rées », de « phrases déro­bées » et de paren­thèses, non fermées – « la page qu’une / main signe // à l’arraché ». Où fina­le­ment terre et corps se dissolvent : « une mue ? // s’acheminant vers un corps sans // passé ni lende­main // une pein­ture sans paysage // un poème / hors du langage ».

Notes de lecture

« [Yves di Manno] a voulu que son poème gran­disse au point de s’extraire de la gaine de visible qui avait entouré sa nais­sance : la présence miroi­tante des pein­tures. Muant, le poème se débar­rasse de la peau inten­sé­ment colo­rée et nervu­rée des œuvres pictu­rales, et paraît de sa seule présence. […] Muant, le poème devient tout sauf muet : l’on est en prise avec une présence qui, si elle est parcou­rue par la présence énig­ma­tique des dispa­ri­tions, n’en est pas moins assour­dis­sante. Assour­dis­sante d’un réel soudain appa­rent. »
Matthieu Gosz­tola, Europe, mars 2013

« … l’attention du lecteur se porte constam­ment sur le travail de la langue, qui abou­tit à ce que l’on se déplace d’un inconnu, les pein­tures absentes, à un autre inconnu à chif­frer sans cesse, les poèmes. »
Tris­tan Hordé, Sitau​dis​.fr, 7 février 2013

« l’océan de terre
& d’herbes
donne déjà les deux couleurs majeures. Par petites touches, on entre dans la super­po­si­tion de la page et du paysage :
Pour rejoindre en lisière
de la page
pliée le bois fossi­lisé
Une poésie épurée mais aussi très présente, un écart que tient bien Yves di Manno quant à la fin nous décou­vrons que c’est en regar­dant (dans un livre) les pein­tures de l’artiste Mathieu Pérez qu’il a écrit ces poèmes…Alors change le point de vue du lecteur qui, pris dans un autre écart celui de nature et culture se met à relire le tout… »
Fran­çoise Favretto, L’Intranquille, n° 15, octobre 2018‐​mars 2019

À lire :
• Des extraits de Terre sienne sont à lire et à écou­ter dans l’anthologie Gare mari­time 2012 de la Maison de la poésie de Nantes