Ou je coule

Autrice
Christine Caillon
Poésie
86 pages, 12 x 15 cm
Parution : mars 2021

Publié avec le soutien du Centre national du Livre et de la région Bretagne

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 14,00

ISBN  978-2-490385-16-4 Catégorie 

Présentation

Ou je coule de Chris­tine Caillon se compose de petites nota­tions en prose simple. Faits, obser­va­tions ouvrent sur les détours de la vie d’avant, sur les manques de celle-​ci, qui rejaillissent en ce temps présent où la fin de la vie de la mère s’envisage. La mala­die, qui est d’abord injus­tice, « rétré­cis­se­ment », recherche d’une faute (à qui ?), devient bien­tôt rémi­nis­cence d’avant l’agonie. La langue de l’autrice ne cache pas, elle est brute et directe, sans pudeur.
« Elle meurt depuis cinq mois […] on ne peut se déci­der comme ça. » Qui décide ? Les deux, mère et fille, comme ne faisant qu’une ? Mais est-​ce de l’ordre d’une déci­sion ? C’est là toute l’ambiguïté de ce temps singu­lier qu’est l’agonie : « Tu meurs avant d’avoir fini de vivre : ça m’agace », ou encore : « Maman, il fait trop beau pour dormir. » Comme déjà morte et pour­tant toujours en vie, un pas de deux entre des appa­rents contraires.
La pudeur entre mère et enfant ne tient plus, les distances sont abolies, les blouses hospi­ta­lières ne cachent rien, le corps mater­nel se replie dans ses fonc­tions natu­relles et « il sent mauvais ». Tout cela ouvre d’autres rela­tions : « Maman devient chauve comme un homme. // Je couche avec elle. » Comme si le passé, où la distance des corps régnait, était annulé… mais est-​ce possible ? La vie d’avant est-​elle révo­cable ? La tendresse peut-​elle naître alors, là ? Évidem­ment non, alors… « J’attends ta mort pour mieux t’aimer. »
Reste (pour se soula­ger ? apai­ser l’agonisante ?) à prendre à sa charge la douleur (« J’ai mal moi aussi, alors, on ne va pas mesu­rer, mais j’ai grand mal »), et même la mort prochaine comme la sienne propre : « Honte : je pense plus à ma mort qu’à la tienne. // Simple affaire de succes­sion. // Et moi bien­tôt. » Fusion des douleurs et de la morta­lité, inver­sion des senti­ments, des affects d’une femme rede­ve­nue petite fille en détresse devant la vie sans la mère : « Pardonne-​moi : ce n’est pas ta mort qui me fait peur, c’est ma vie qui m’effraie. »

Notes de lecture

« Cela peut prendre plusieurs années. On préfè­re­rait sans doute la préci­pi­ta­tion orga­ni­sée de quelques semaines pour tout mettre en ordre avant que le passé n’aille plus loin que le présent qui s’impatiente. L’impatience du patient devant la mort. La main tenue par ceux qui restent à ses côtés. À ce chevet d’hôpital, Chris­tine Caillon a consi­gné les derniers moments qui se sont étirés auprès de sa mère, dans une tempo­ra­lité qui ne cesse de jouer des tours entre ce qui dure trop et bruta­le­ment s’accélère d’un mouve­ment qui hésite ou alterne. Entre lais­ser filer et rete­nir. “Elle meurt depuis cinq mois. En même temps, je pense que ce n’est pas facile, on ne peut pas se déci­der comme ça.”
Avec ce livre aux allures de jour­nal de bord poétique, Chris­tine Caillon élar­git la fin de vie à ceux qui restent assis près d’elle. Une attente indé­cise qui ne sait plus comment se regar­der mais pour qui les mots sont d’un grand secours. […] L’échéance qui se profi­lait arrive à son terme. C’est un nouvel ordre qui s’établit chez la petite fille rappe­lée à l’épreuve de l’absence et de son à venir. […] Et c’est une nouvelle chambre de l’enfance qui se ferme avec elle. »
Benoit Colboc, « Cœur à corps », lundiou­mardi, 12 avril 2021